Au Nigeria, «ça fait cinq mois que le travail est compliqué» avec les restrictions de visas américains

Les Nigérians seraient plus de 500 000 aux États-Unis, mais obtenir un visa pour se rendre dans ce pays s’apparente désormais à un véritable parcours du combattant. Le Nigeria fait partie des 75 États touchés par la suspension de l’octroi de visa d’immigration : à partir de ce 21 janvier, les ressortissants souhaitant se rendre sur le sol américain pour une courte période devront aussi s’acquitter d’une caution pouvant aller jusqu’à 15 000 dollars. Cette situation affecte bien sûr les demandeurs de visa, mais aussi tous ceux qui les assistent dans leurs démarches.

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Avec notre envoyée spéciale à Lagos et Abuja, Liza Fabbian

Le studio photo de Leslie est installé dans un container, en face d’un point de dépôt pour les demandes de visas américains, en plein cœur de Victoria Island, à Lagos, la plus grande ville du Nigeria. « Ça fait cinq mois que le travail est compliqué, lâche-t-il. Avant, en une heure, je pouvais faire mon salaire de la journée ! Parfois, j’étais même fatigué de travailler, alors je disais aux gens que j’avais un problème technique pour fermer plus tôt ».

Les visas américains n’ont plus la côte non plus auprès des clients de Pelu, qui aide les demandeurs de visa dans le quartier de Churchgate, à Abuja. Son bureau est installé sur un terrain vague, avec une imprimante et un ordinateur reliés à un générateur. « J’ai quand même un client qui veut voyager en février, souligne-t-il. Il est prêt à payer cette caution de 15 000 dollars. Les États-Unis sont encore ouverts pour les gens très riches, ceux qui vont aller là-bas mais n’y resteront pas. Si vous avez de gros investissements au Nigeria, vous n’allez surement pas en partir ».

« Je pense que Trump a bien fait »

Cette situation ne choque pas Magaja, assis à l’ombre d’un muret. Le notable à la retraite prépare une demande de visa pour se rendre en Grande-Bretagne. « Je pense que Trump a bien fait : 85% des Nigérians sont des criminels, lance-t-il. D’ailleurs, si Trump pouvait nous envahir, on pourrait enfin se reposer. Nous n’avons pas la paix ici, des citoyens sont tués tous les jours, mais le gouvernement ne fait rien. Nous avons besoin que Trump soit dur avec nos dirigeants ».

En décembre, les États-Unis ont conduit des frappes dans le nord-ouest du Nigeria, après que Donald Trump ait dénoncé l’attentisme des autorités nigérianes, face à l’insécurité dans le pays.

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Restrictions de visas américains pour les Nigérians: «Il y a beaucoup de frustration et de la peur»

Depuis juillet 2025, la plupart des visas non‑immigrants et non-diplomatiques délivrés aux ressortissants nigérians sont devenus des visas à entrée unique, avec une validité limitée à trois mois seulement, alors que certains types de visas ont été totalement suspendus le 1er janvier. À partir de ce 21 janvier, une caution de 5 000 à 15 000 dollars sera également demandée aux Nigérians souhaitant visiter les États-Unis pour une courte période.

Tous ces changements ont un impact sur la vie de « FT », une jeune Nigériane résidant aux États-Unis depuis douze ans. FT, qui a fait ses études là-bas, travaille désormais dans la finance. Son visa de travail d’une durée initiale de 2 ans et avec de multiples entrées doit désormais être renouvelé tous les trois mois.

À Noël, la jeune femme a décidé à la dernière minute d’annuler ses vacances dans sa famille au Nigeria, de peur de ne pas pouvoir retourner sur le sol américain, par la suite. « J’ai beaucoup d’amis qui sont affectés par le « visa ban » et les restrictions sur les visas aux États-Unis, alors que beaucoup d’entre eux sont aussi en possession de visas de travail, souligne-t-elle au micro de Liza Fabbian. Il y a beaucoup de frustration et de la peur à cause de toutes ces menaces, tout le monde est sur les nerfs. Nous sommes tous en train de passer en revue nos options. Nous nous demandons tous où nous pourrions nous installer ailleurs ou si nous devrions retourner dans notre pays. Je connais aussi beaucoup de gens qui aimeraient déménager au Canada par exemple ».

Elle lâche : « C’est vraiment une situation effrayante. Surtout avec la présence d’ICE, l’agence fédérale de contrôle de l’immigration. Moi, je voyage beaucoup aux États-Unis pour mon travail, et désormais je prends tous mes papiers avec moi, où que j’aille, de peur qu’ils m’arrêtent et m’expulsent. Parfois, quand j’entends du bruit chez moi, j’ai peur que ce soit eux qui viennent m’attraper, même si je suis là légalement et que je n’ai jamais enfreint la loi de ma vie. »

FTY conclut, fataliste : « J’espère que les choses vont s’arranger, que les restrictions sur les visas pour les Nigérians vont s’assouplir, pour au moins pouvoir rentrer voir ma famille. Je connais quelqu’un qui est rentré en novembre pour faire renouveler son permis de travail américain au Nigeria. Elle est toujours coincée là-bas pour l’instant… »

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