Algérie: trente ans après l’assassinat des moines de Tibéhirine, peu d’avancées mais les doutes persistent

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines de la ville de Tibéhirine, près d’Alger, sont enlevés puis assassinés en pleine guerre civile algérienne. Une attaque revendiquée quelques semaines plus tard par le Groupe islamique armé (GIA). Seule la tête des victimes sera retrouvée dans les mois qui suivront. Malgré l’ouverture d’une enquête française au début des années 2000, et le flou autour de ce drame, les avancées sont encore très limitées, même 30 ans plus tard.

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Trente ans après les faits, Alger campe sur ses positions : ce crime est l’œuvre du GIA, en pleine guerre civile algérienne au cœur des années 1990, aussi appelée « décennie noire ». La vingtaine d’hommes armés qui ont pénétré le Monastère Notre-Dame de l’Atlas ont agi pour le compte de Djamel Zitouni. Le grouppe terroriste avait d’ailleurs revendiqué cette attaque quelques semaines après l’enlèvement des moines. Malgré les funérailles organisées à la Cathédrale d’Alger en juin 1996, ainsi que les rassemblements en France pour honorer la mémoire des victimes, les circonstances du drame n’ont jamais pleinement convaincu.

Depuis l’ouverture d’une enquête française au début des années 2000, deux autres hypothèses se sont invitées dans le débat. La possibilité d’une bavure de l’armée algérienne qui pourchassait en hélicoptère les terroristes qui bivouaquaient, et qui ont tué par erreur les moines, alors otages. Le GIA aurait pu également être infiltré par les autorités algériennes, qui auraient fait tuer les 7 moines de Tibéhirine afin de discréditer les groupes terroristes. À l’heure actuelle, aucune de ces deux versions ne dispose de preuves formelles pour remettre en cause le discours officiel.

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Une enquête « au point mort »

Ouvrir le débat, tel est l’objectif depuis l’ouverture de l’enquête, de l’avocat des familles de victimes, Maître Patrick Baudouin qui se désole de voir que « le dossier est très largement au point mort », 30 ans après le drame. Selon lui, « les autorités algériennes ne souhaitent pas que la lumière totale soit faite. Ce que l’on peut dire à ce niveau, c’est que l’Algérie reste sur la version accusant le GIA, mais le dossier remet en doute la simplicité cette version ».

En 2014, le juge de l’époque, Marc Trévidic, a pu se rendre à Alger, en 2014, pour assister à une exhumation des têtes des 7 moines, sans pouvoir emporter d’échantillons. C’est seulement 4 ans plus tard qu’un rapport final d’autopsie, qui confirme la décapitation post-mortem, est parvenu à la justice française. Des conclusions qui fragilisent la thèse privilégiée par Alger, d’autant que l’impossibilité de retrouver les corps des 7 moines de Tibéhirine consolident l’hypothèse d’un crime maquillé.

Selon l’avocat de la défense, « il subsiste des doutes qui nécessiteraient des investigations plus complètes sur place, avec une pleine coopération en Algérie ». Toujours pour Patrick Baudoin, les moines pouvaient être gênants pour les autorités algériennes car « ils étaient dans une logique de réconciliation et soignaient tout le monde dans leur monastère ».

Persuadées que la vérité n’a pas encore été dévoilée sur ce drame, les familles de victimes échangent encore régulièrement avec leur avocat, même si l’enquête patine. Le dossier n’est pas encore refermé, preuve selon Patrick Baudoin que des investigations, sur place, peuvent encore être menées.

Les 7 moines ont été béatifiés du côté d’Oran en 2018, avec 12 autres martyrs. En avril prochain, le Pape Léon XIV, pour sa toute première visite en Algérie, se recueillera sur place, dans la Chapelle aux 19 « bienheureux martyrs », tous tués durant la guerre civile, dont les moines de Tibéhirine.

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