Afrique: Racisme décomplexé et excuses bidon

«J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les peuples vivent dans l’unité et l’harmonie avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel je vis et que j’espère atteindre. Mais si nécessaire, je suis prêt à mourir pour cela». Cette célèbre phrase de Nelson Mandela, il l’a prononcée au tribunal, lorsqu’il fut condamné à la prison à vie par le gouvernement de l’apartheid sud-africain en 1964, pour sabotage.

Symbole de la lutte pour les droits de l’homme en Afrique du Sud, Nelson Mandela est considéré comme le chantre de la lutte contre le racisme au regard de l’Histoire. Que penserait-il de cris de singe de supporters pour se moquer des joueurs de couleur de l’équipe adverse ? Et comment réagirait-il s’il voyait un joueur masquer son visage pour dire à un autre qu’il était un singe ? Des faits qui se seraient produits la semaine dernière, en pleine Ligue des champions, retransmise en mondovision, aux quatre coins du globe.

La colère, la honte et la consternation rejailliraient sans doute. Soixante-deux ans après LA fameuse phrase de Madiba, qu’est-ce qui a changé au fond? La question reste posée comme une certaine forme d’aveu d’impuissance…


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C’était il y a tout juste 8 jours lorsqu’un footballeur argentin, Gianluca Prestianni, aurait traité Vinicius Junior de singe (en cinq occasions, selon plusieurs témoins du match Besitkas – Real Madrid). Les Madrilènes l’ont signalé à l’arbitre et la partie a été interrompue de longues minutes, mais le joueur incriminé n’a pas été expulsé comme le prévoit le protocole vu qu’il donne une autre version.

Acculé, l’attaquant de Benfica a présenté des «preuves» à l’UEFA pour soutenir que ses paroles visant Vinicius n’étaient pas racistes mais… homophobes et que ce dernier l’aurait mal compris, selon ESPN. Faut-il comprendre que certaines discriminations sont plus bonnes à dire, et à assumer publiquement, que d’autres?

Dans tout ça, c’est la réaction du manager de Besiktas, Jose Mourinho, qui interpelle. «J’ai dit à Vinicius qu’il marque des buts extraordinaires, mais pourquoi les célèbre-t-il ainsi et pas comme l’un des meilleurs joueurs du monde, comme Di Stéfano, Pelé, Eusébio… Pourquoi ne célèbre-t-il pas avec la joie de marquer ?»

Dans le passé, on a connu un Special One plus inspiré que ça pour prendre de la hauteur dans un débat et montrer l’exemple. Ça ressemble vraiment à une explication à deux balles… Existe-t-il un guide du routard des célébrations de but parfaites pour footballeur ? On a tous en tête l’indécente célébration de Dibu Martinez, le gardien argentin, après sa victoire contre la France, à l’issue des tirs au but, en finale de la Coupe du Monde 2022 au Qatar.

Vincent Kompany, coach belge du Bayern Munich, l’a repris de volée : «Le racisme est un sujet devenu encore plus sensible ces dernières années. Quand on voit la réaction de Vini Junior sur le terrain, on comprend qu’elle ne peut pas être feinte. C’est une réaction émotionnelle dans laquelle je ne vois aucun avantage pour lui à aller voir l’arbitre et à prendre toute la responsabilité sur ses épaules […] José Mourinho s’en est pris au caractère de Vini en mentionnant sa façon de célébrer ses buts afin de discréditer son comportement. C’est une grosse erreur et c’est quelque chose que nous ne devons pas accepter.»

Pour resituer le contexte, ajoutons que les Brésiliens sont détestés des Argentins, et vice-versa. Mais il y a aussi une certaine culture de chants racistes à l’égard de joueurs de couleur qu’on a retrouvée en 2024, quand les joueurs de l’Albiceleste ont dénigré les «blacks» de l’équipe de France, après leur victoire en Copa America. Et on rajoute une pièce dans le jukebox…

Pour rester sur le sport, difficile de passer sous silence les propos sectaires du propriétaire de Manchester United, sir Jim Ratcliffe, également. Il a dit le 11 février dernier que le Royaume Uni a été colonisé par des migrants et que Manchester était une ville que plus personne ne pouvait appeler «home» désormais. Tollé général en Angleterre derrière ! Notamment chez nos compatriotes de la diaspora mauricienne qui se sentent visés et du monde politique.

Rapidement, l’homme d’affaires anglais a dû présenter ses plus plates excuses et s’est fait tacler dans un communiqué officiel… de son propre club, Manchester United! Ce dernier a affirmé exactement le contraire de ce qu’avait dit Ratcliffe (sans toutefois le nommer). Logique, sachant que l’équipe de United est composée majoritairement de joueurs étrangers. Le Camerounais Bryan Mbeumo et l’Ivoirien Ahmad Diallo, par exemple, ont dû apprécier. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Si on part du postulat que le football n’est que le miroir de la société, «l’affaire Vinicius» ou le dérapage de Ratcliffe ne devrait pas nous surprendre plus que ça, vu ce qui se passe aux Etats-Unis, à Lyon en France et ailleurs. C’est la flambée des extrêmes droites. Comme si le racisme se décomplexait à travers le monde. Mais pourquoi chercher encore des excuses bidon au lieu d’assumer?

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