Afrique: Mondial 2026 – Le football à l'épreuve des tensions géopolitiques

Dans cent jours, le monde du football basculera dans une Coupe du monde hors norme, autant par son ampleur que par son contexte. L’édition 2026 promet la démesure : trois pays hôtes (Etats-Unis – Canada – Mexique), quarante-huit équipes, cent quatre matches répartis sur un continent et quatre fuseaux horaires. Mais le tournoi pourrait s’ouvrir dans un climat international particulièrement tendu.
Entre le conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, les tensions liées aux politiques migratoires de Donald Trump et la lutte acharnée du Mexique contre les cartels, ce Mondial nord-américain s’annonce autant marqué par le jeu que par les enjeux géopolitiques.
Le Mondial nord-américain devait être celui du gigantisme maîtrisé, de la puissance organisationnelle et du spectacle permanent. Il pourrait devenir celui des tensions politiques et des équilibres fragiles. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche change la donne. L’événement s’inscrit dans une séquence hautement symbolique pour les États-Unis, qui célèbrent les 250 ans de leur indépendance.
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Le président américain voit dans cette Coupe du monde une vitrine planétaire, un accélérateur d’influence. Pourtant, sa diplomatie abrasive, ses frictions commerciales avec le Canada et le Mexique et sa politique migratoire restrictive introduisent une part d’imprévisibilité. Le football rassemble, la politique segmente : la cohabitation promet d’être délicate.
Mi-janvier, les autorités américaines ont annoncé le gel des visas pour 75 pays, parmi lesquels figurent quatre nations qualifiées pour la Coupe du monde – l’Iran, Haïti, le Sénégal et la Côte d’Ivoire – dans le cadre de leur politique de lutte contre l’immigration illégale.
À Mexico, Guadalajara ou Monterrey, l’enthousiasme populaire ne masque pas les inquiétudes liées à la sécurité. Le pays qui doit accueillir treize matches, se heurte à une nouvelle incertitude sécuritaire. La mort d’« El Mencho », chef du cartel Jalisco Nueva Generación, lors d’une opération militaire dimanche 22 février à Tapalpa, a déclenché une flambée de violences dans plusieurs régions du pays.
Sur le plan géopolitique, un autre front s’ouvre au Moyen-Orient, déstabilisant toute la région. Les frappes menées par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran ont provoqué une riposte immédiate de l’Iran visant les intérêts américains dans plusieurs pays voisins, notamment au Bahreïn, au Qatar et aux Émirats arabes unis.
L’Iran, qualifié sportivement, est sur le point de renoncer au Mondial 2026 après la mort du guide suprême de la révolution Ali Khamenei. Le pays voyait déjà comme une provocation la décision du comité local de qualifier le match Égypte vs Iran, prévu le 26 juin à Seattle, de « Pride Match », une initiative présentée comme un soutien aux droits Lgbtq+.
La qualification à la coupe du monde implique des questions de visas, de sécurité et de symbolique politique. L’Iran en a déjà fait l’expérience en boycottant, le 5 décembre, le tirage au sort organisé à Washington après le refus de visas opposé à plusieurs de ses dirigeants. Preuve, s’il en fallait, que le football, si universel soit-il, ne se tient jamais totalement à l’écart des rapports de force internationaux.
Si l’Iran venait à se retirer et que la Fifa appliquait les précédents historiques, le remplacement ne serait connu qu’après les barrages intercontinentaux. L’Irak, encore en lice face à la Bolivie et au Suriname, pourrait alors valider sa participation et rejoindre le groupe de la France, du Sénégal et de la Norvège. À défaut, les Émirats arabes unis pourraient profiter du repêchage, tandis que l’Irak resterait en première ligne pour intégrer le groupe G avec la Belgique, l’Égypte et la Nouvelle-Zélande. Pour l’instant, tout cela reste hypothétique, suspendu aux résultats sportifs et aux décisions politiques.
Au fond, ce Mondial aux Amériques interroge la place du football dans un monde fracturé. Peut-il rester une parenthèse enchantée ? Ou deviendra-t-il le miroir grandissant des tensions politiques en cours ? L’histoire des Coupes du monde montre que le ballon roule rarement en vase clos. En 2026, il circulera entre trois nations, mais aussi entre ambitions économiques et crispations géopolitiques.
Il reste cent jours pour transformer l’incertitude en promesse. Si le spectacle tient ses engagements, la compétition marquera une nouvelle ère. Dans le cas contraire, elle rappellera que même le plus universel des sports ne peut s’extraire totalement du tumulte du monde.



