Afrique de l'Ouest: Transport aérien – La CEDEAO parie sur une baisse de 40 % du prix des billets

Depuis le 1er janvier, les voyageurs ouest-africains bénéficient d’une réforme du secteur aérien, adoptée en décembre 2024 par la CEDEAO. Son objectif est celui de réduire significativement le coût des billets d’avion dans une région où les taxes et redevances peuvent représenter jusqu’à la moitié du prix final.
La Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ainsi franchi une étape décisive pour rendre le ciel régional plus accessible. Cette réforme, qui concerne douze pays membres, repose sur deux axes majeurs à savoir : la suppression totale des taxes non aéronautiques, notamment la taxe sur les billets, la taxe touristique et la taxe de solidarité et une réduction de 25 % des redevances passagers et de sécurité. Ces mesures visent une baisse globale d’environ 40 % du prix des billets. Elles s’attaquent à une anomalie économique propre à la sous-région, où taxes et redevances représentaient jusqu’à 50 % du tarif final, contre des proportions nettement inférieures dans d’autres régions du monde.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de marginalisation de l’Afrique de l’Ouest sur la scène aérienne continentale. La sous-région ne capte en effet qu’une part marginale du trafic africain, loin derrière l’Afrique du Nord, qui concentre à elle seule près de 40 % des vols sur le continent. Pour les autorités régionales, le transport aérien constitue un levier stratégique du développement économique. En rendant les déplacements plus abordables, la CEDEAO ambitionne de stimuler le tourisme intrarégional, de faciliter les échanges commerciaux et de renforcer l’intégration économique entre ses États membres.
Douze pays concernés, trois exclus
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La réforme s’applique au Bénin, au Cap-Vert, à la Côte d’Ivoire, à la Gambie, au Ghana, à la Guinée, à la Guinée-Bissau, au Liberia, au Nigeria, au Sénégal, à la Sierra Leone et au Togo. Elle exclut de facto le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel, qui ont quitté l’organisation sous-régionale. Cette situation soulève des interrogations quant à la cohérence du marché aérien ouest-africain et pourrait accentuer les disparités de connectivité entre les deux blocs régionaux.
Le défi de la transparence tarifaire
Si cette initiative est largement saluée, son succès dépendra avant tout de son application effective. Consciente de cet enjeu, la CEDEAO a mis en place un mécanisme régional de surveillance chargé de vérifier la répercussion réelle des baisses de coûts sur les prix payés par les passagers. Le risque demeure réel : certaines compagnies aériennes pourraient être tentées de conserver ces économies sous forme de marges supplémentaires plutôt que de les répercuter sur les consommateurs. Dans un secteur où la transparence tarifaire est souvent insuffisante, ce dispositif de suivi sera déterminant pour évaluer l’impact concret de la réforme.
Un test grandeur nature pour l’intégration régionale
Au-delà de la question des tarifs, cette réforme constitue un véritable test pour la CEDEAO. Elle permet de mesurer la capacité de l’organisation à coordonner des politiques sectorielles complexes impliquant de nombreux acteurs États, compagnies aériennes et gestionnaires d’aéroports et à imposer des règles contraignantes dans un domaine traditionnellement marqué par la préservation des souverainetés nationales.
Les prochains mois permettront de déterminer si cette ambition de démocratisation du transport aérien ouest-africain se traduira effectivement par des billets plus accessibles dans les agences de voyage et sur les plateformes de réservation. Pour des millions de voyageurs d’affaires, de touristes et de familles séparées par les frontières, l’espoir est permis. Cette réforme intervient à un moment où le transport aérien africain peine encore à exploiter pleinement son potentiel, freiné par des coûts élevés, une connectivité limitée et une forte fragmentation des marchés nationaux.



