À Madagascar, les métiers de l'économie informelle: les taxis-charretiers [1/3]

À Antananarivo, chaque saison des pluies transforme certaines rues en véritables pièges : routes défoncées, cavités profondes, zones impraticables. Des hommes proposent alors leurs services, à taxis-charrettes, pour aider les passants à traverser ces zones inondées, pour l’équivalent de quelques centimes d’euros.
De notre correspondante à Antananarivo,
De l’eau à perte de vue, la tête baissée vers le sol, les genoux trempés, Faby pousse à la force de ses deux bras une charrette transportant deux personnes sur la route inondée du quartier d’Andavamamba. À chaque saison des pluies, la même situation se produit.
« C’est un travail fatigant, car il y a des trous partout et certains pavés se détachent, explique Faby. Si on ne fait pas attention, la charrette risque de se retourner et nous avec. On s’efforce d’amener les gens sains et secs. »
Dès quatre heures du matin, Faby effectue des allers-retours sur près de 200 mètres – à raison de 300 ariarys le trajet, l’équivalent de 6 centimes d’euro – pour permettre aux riverains de traverser la zone submergée.
L’eau stagne depuis maintenant neuf ans. Le système d’évacuation de ce quartier est ancien et n’a jamais été réhabilité. La commune tente de drainer la rue avec des pompes mais rien n’y fait. Faute de solution rapide, c’est la débrouille qui prend le relais. Un soulagement pour les riverains. « J’accompagne mon fils pour qu’il traverse en charrette, témoigne Flisia, une cliente de Faby. Je dois l’emmener ici tous les matins, car les bus sont aléatoires. J’ai peur pour lui, à cause de cette eau stagnante. Des fois, je lui donne de l’argent pour traverser, mais il s’entête à marcher dans l’eau sale. C’est pour cela que je préfère l’accompagner jusqu’ici. »
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« L’inondation devient une opportunité pour survivre »
Une situation qui pousse les autorités locales à se mobiliser. « À cause des constructions illicites, des gens construisent sur les canaux et l’eau ne s’évacue plus. En ce moment, tous les responsables jusqu’au chef de district cherchent des solutions durables, confie Claude Alphonse, responsable local du quartier. Mais à cause de l’urgence de la situation, des solutions à très court terme sont prises. »
Ce système de débrouille révèle une toute autre réalité, selon l’urbaniste Tahiana Andriamanantena. « Quand un service public est défaillant, l’économie informelle prend le relais. L’eau n’est plus vue comme un service à maîtriser, mais plutôt comme une ressource économique, analyse-t-elle. On peut dire que certains gagnent leur vie grâce au chaos hydrique. L’inondation devient une opportunité pour survivre. C’est un marqueur fort de vulnérabilité urbaine. La ville ne protège plus, elle est exploitée pour survivre. »
À Madagascar, près de 80 % de la population active vit de l’informel, selon la Banque mondiale.
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