À Madagascar, la culture zafimaniry, connue pour son art du bois, est menacée

À Madagascar, ils sont moins de 15 000 habitants à vivre « au pays des brumes », en bordure sud des Hautes Terres. Là-bas, au milieu de collines aujourd’hui largement dénudées après des décennies de déforestation massive, le peuple zafimaniry s’interroge sur la voie à suivre. Cette communauté, connue pour son art du bois — inscrit depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité — et pour sa relation étroite à la nature, doit désormais s’adapter pour survivre. L’Institut français de Madagascar organisait une conférence-débat autour de « l’identité zafimaniry face à la mondialisation ».

De notre correspondante à Antananarivo,

Il est le seul magistrat issu du peuple zafimaniry : Johnny Andriamahefarivo, ancien ministre de la Justice, a tous ses souvenirs d’enfant accrochés aux bois sculptés de son village. « Nous sommes un peuple de la forêt. Nous vivons de la forêt, vous voyez donc les constructions en bois, montre l’ancien ministre de la Justice. La porte, les volets, les fenêtres, les chaises : tout est gravé et chaque gravure a une signification particulière. On y tient des conceptions un peu ésotériques, la foi, la connaissance, mais aussi nos croyances. »

Des croyances et des rituels uniques sont propres à cette culture zafimaniry, comme l’art du tressage des cheveux, un langage corporel silencieux. Ce sont 17 types de tresses qui ont été recensés, chacun porteur d’une symbolique et d’un usage précis, un code lu par le village tout entier. Cependant, souligne l’enfant du pays : « Si nous sommes restés au fin fond de la brousse, aujourd’hui, cette brousse est débroussaillée par la déforestation. Il nous faut sortir de là-bas pour essayer d’autres moyens, disons, de vie. »

« Le monde bouge et ils s’adaptent » 

Pour ce peuple minoritaire et isolé sur l’île, tout l’enjeu est l’adaptation. L’ingénieur forestier et photographe TangalaMamy s’est pris d’amitié et d’amour pour les Zafimaniry et travaille auprès d’eux depuis plus de 10 ans. À travers ses clichés, il documente cette culture méconnue et en perpétuelle mutation.

« Il y a 13 ans, il n’y avait pas de réseau, il fallait aller en haut d’une montagne pour avoir du réseau. Maintenant, tout le monde a un smartphone, tout le monde a son antenne Canalsat. C’est une mutation normale. Il y a le monde qui bouge et ils s’adaptent, explique le photographe. Ils ne vont pas habiter continuellement dans des cases en bois alors que ce bois, il faut désormais parcourir des kilomètres pour en trouver. » Et TangalaMamy d’expliquer que les traditions persistent : « Même dans les maisons en dur, aujourd’hui, le coin des ancêtres est présent. Les offrandes y sont faites. Quand il y a une naissance, on ne donne le nom de l’enfant qu’après que le cordon ombilical soit tombé. » 

Reste une question : combien de traditions survivront, alors que certaines disparaissent déjà ? « Il faut qu’on sanctuarise une part de cette identité qui est en train de partir sans qu’on puisse en transmettre la mémoire à nos enfants, insiste le chroniqueur Vanf qui, tout comme TangalaMamy, appelle à une mobilisation du ministère de la Culture. Qu’on crée quelque part un espace visible, “marketing” même – et ce n’est pas grave d’employer ce mot-là –, où restaurer une ou plusieurs cases traditionnelles, les mettre un peu à part, afin que nous-mêmes, aussi bien Malgaches qu’étrangers, puissions transmettre cette culture mémorielle. »

Une culture mémorielle, une culture toujours vivante aujourd’hui, mais plus que jamais menacée.

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