À Madagascar, des étudiants face au refus des universités de délivrer des relevés de note

À Madagascar, la grogne monte chez les étudiants de l’Université d’Antananarivo. Depuis mars 2025, plusieurs facultés ont décidé d’appliquer un arrêté datant de 2014 qui interdit la délivrance directe des relevés de notes aux étudiants. Une mesure censée lutter contre la prolifération de faux bulletins. Mais l’application de ce texte, longtemps resté lettre morte, provoque aujourd’hui de nombreuses difficultés. Certains étudiants se retrouvent empêtrés dans des situations invraisemblables et des démarches interminables. Un nouvel obstacle dont, disent-ils, ils se seraient bien passés.

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Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

L’alerte a été donnée par des étudiants de Madagascar qui ne parviennent plus à postuler à temps à des bourses, des universités étrangères, voire à des stages.

La non-délivrance des relevés de notes crée aujourd’hui des situations ubuesques, comme l’explique Hary Joel, étudiant à la faculté des lettres de l’Université d’Antananarivo : « Aujourd’hui, quand on va au bureau de la scolarité, on nous demande de fournir une adresse e-mail à laquelle envoyer nos notes : celle d’une université, d’une entreprise ou d’un organisme qui attribue des bourses. Dans mon cas, je candidate à une bourse à l’étranger, mais la procédure m’oblige à déposer mon dossier complet sur une plateforme numérique. La solution proposée par l’université, qui consiste à envoyer mes relevés de notes à un tiers, par mail, ne fonctionne donc pas et bloque totalement ma demande. »

« L’administration est censée nous aider et nous met des bâtons dans les roues »

Cette situation a même conduit plusieurs étudiants, avec lesquels RFI a pu s’entretenir, à jeter l’éponge tant le parcours du combattant leur semblait insurmontable. « Ce que je ressens aujourd’hui, poursuit Hary Joel, c’est surtout un sentiment d’injustice par rapport aux étudiants du privé, qui obtiennent leurs notes librement. Eux peuvent postuler sans passer par les procédures lentes auxquelles nous sommes contraints à la faculté des lettres et des sciences humaines. C’est très décourageant : l’administration est censée nous aider à progresser, à trouver des stages ou du travail, et aujourd’hui, c’est elle qui nous met des bâtons dans les roues ».

« Limiter les cas de fraude aux faux diplômes »

« Il faut respecter la loi », répond Roland Rakotovao, doyen de la faculté des Lettres et Sciences politiques, contacté par RFI. « C’est la solution que nous avons trouvée pour limiter les cas de fraude aux faux diplômes et aux faux relevés de notes », explique-t-il, avant d’ajouter qu’il ne souhaite pas s’aligner sur les universités privées : « C’est leur problème si elles ne contrôlent pas leurs diplômes. »

Le doyen rappelle par ailleurs qu’une alternative a été mise en place : l’installation d’un ordinateur en libre-service au bureau de la scolarité. Les étudiants, ou leurs proches, peuvent ainsi venir se connecter aux plateformes de candidature des universités étrangères et, avec l’aide d’un agent administratif, y déposer directement les relevés de notes demandés. Une solution loin de faire l’unanimité.

Selon lui, les autres facultés de l’Université d’Antananarivo devraient prochainement appliquer cette même mesure.

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