À Dakar, une manifestation pour que «l'État comprenne les conditions difficiles des Sénégalais»

La grogne sociale s’exprime au Sénégal. Enseignants, soignants, transporteurs, dockers : ils étaient plusieurs centaines dans les rues de Dakar ce 8 avril 2026, appelés par le Front syndical pour la défense du travail. Derrière ce rassemblement, une accusation commune : le gouvernement ne tient pas ses engagements.
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Avec notre correspondante à Dakar, Juliette Dubois
C’est un cortège dense sur une grande artère de la capitale du Sénégal. Le Front syndical pour la défense du travail regroupe quatre grandes centrales. Et ce qu’elles réclament tient en une phrase : le respect du pacte national de stabilité sociale, signé en mai 2025 avec le gouvernement, et resté lettre morte, selon elles. Les syndicats dénoncent aussi la dégradation du pouvoir d’achat et des atteintes aux droits des travailleurs.
« Il y a des licenciements partout »
Habitatou Sylla, présidente du Mouvement national des femmes de la Confédération des syndicats autonomes du Sénégal, lance : « Il y a des grèves partout. Il y a des licenciements partout. Il est important que cette marche soit organisée pour que l’État du Sénégal puisse comprendre les conditions difficiles que vivent les Sénégalais. »
Dans le défilé, de nombreuses blouses blanches. Les agents de santé contractuels réclament le paiement de leurs indemnités de logement, promis mais jamais honoré. À leurs côtés, les travailleurs du BTP, secteur sinistré depuis près de deux ans par la suspension de chantiers. Assane Ndiaye, l’un d’entre eux, glisse : « Nous demandons à l’État de laisser les chantiers s’ouvrir parce que vous voyez que le taux de chômage augmente de plus en plus. Cela est dû au manque de travail. »
Un préavis de grève générale déposé
Au Port autonome de Dakar aussi, la colère est vive. Patrick Gomis y travaille depuis des années. Il attendait beaucoup de l’alternance politique. « On n’a pas de prise en charge médicale, c’est-à-dire qu’on travaille comme journaliers alors qu’on a fait des études, on est sorti à l’école avec nos documents. Il y a certains d’entre nous qui ont fait neuf ans, sept ans. On vient un jour et on nous dit que « vous allez arrêter », comme ça. Et on a arrêté notre travail comme ça », déplore-t-il.
Les syndicats préviennent : cette marche n’est qu’un premier avertissement. Un préavis de grève générale a été déposé. Si le gouvernement ne répond pas, d’autres actions sont annoncées.
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Le Sénégal est confronté à une situation économique préoccupante avec une dette du secteur public et parapublic estimée à 132% du PIB à fin 2024. Les autorités accusent le régime de l’ex-président Macky Sall d’avoir dissimulé les vrais chiffres sur des indicateurs clés comme la dette publique et le déficit budgétaire. En conséquence, le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu son programme d’aide de 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) conclu en 2023, en attendant d’avoir des réponses et des engagements des nouvelles autorités.



