Maroc: poursuivie pour «atteinte à l’islam», la militante «Betty» Lachgar maintenue en détention

Ibtissame Lachgar, dit « Betty », restera en détention jusqu’au verdict. La militante féministe, poursuivie pour « atteinte à l’islam », a comparu pour la deuxième fois, mercredi 27 août, devant le tribunal de première instance de Rabat. L’examen de l’affaire sur le fond a de nouveau été reporté à une date ultérieure, tandis que la cour a refusé la demande de liberté provisoire formulée par la défense, qui souligne un « état de santé inquiétant ».
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Avec notre correspondant de retour de Rabat, Matthias Raynal
« Betty » Lachgar salue ses amis venus la soutenir. Elle a l’air fatiguée, mais elle est souriante. « J’ai l’impression qu’elle ne dort pas beaucoup, qu’elle ne mange pas beaucoup. Elle a perdu du poids. On voit bien ses yeux bouffis. Elle souffre un petit peu. Elle est en prison aujourd’hui pour son expression, pour sa pensée », témoigne Loubna, qui tenait à être présente à l’audience. « Pour ceux qui l’aiment, et celles qu’ils aiment, ça fait un peu de mal de la voir dans cet état-là ».
Devant la cour, les avocats de la militante ont réclamé sa libération provisoire. « Nous avons demandé sa libération pour plusieurs raisons, parmi lesquelles l’état de santé alarmant de Madame Ibtissame Lachgar, qui souffre d’un cancer et s’apprête à subir une opération », explique Maître Naima Elgallaf.
Mais la demande a été rejetée par le juge. Son avocate dénonce ses conditions de détention. « Elle est à l’isolement et même la promenade, elle l’a fait toute seule. Ce n’est pas à sa demande, c’est la direction de la prison qui l’a décidé ».
Elle risque jusqu’à cinq ans de prison
Psychologue clinicienne et militante de 50 ans, « Betty » Lachgar est connue, au sein de la société civile marocaine, pour ses actions choc qui lui a valu plusieurs démêlés avec les autorités, notamment en 2016 et 2018, mais sans jamais donner lieu à des poursuites. Fin juillet, elle avait publié une photo d’elle portant un t-shirt avec l’inscription « Allah is lesbian » (« Allah est lesbienne »).
Cette affaire a déclenché une controverse. En témoigne le duel que se sont livrés, par médias interposés, deux personnalités de premier plan. Un ancien ministre de la Justice islamiste, Mostafa Ramid, contre un avocat et défenseur des droits humains, Abderrahim Jamaï. La militante dit avoir subi en retour une campagne de cyberharcèlement et reçu des milliers de menaces. Mais l’activiste compte aussi des soutiens. Ces derniers estiment que sa publication relève de la liberté d’expression.
Aujourd’hui, la militante est convoquée pour une nouvelle audience le 3 septembre. Elle risque jusqu’à cinq ans de prison, en vertu de l’article 267-5 du Code pénal marocain, qui punit de six mois à deux ans de prison ferme « quiconque porte atteinte à la religion musulmane » – portée à cinq ans d’emprisonnement si l’infraction est commise en public, « y compris par voie électronique ».