EN DIRECT – Mali: les jihadistes du Jnim revendiquent des attaques coordonnées avec la rébellion touareg

Le Mali en proie à plus d’une décennie de conflits

Les attaques des groupes armés du 25 avril 2026 au Mali s’inscrivent dans une longue suite de tensions et d’épisodes armés dans le pays. Le Mali est en proie depuis plus d’une décennie aux conflits et aux violences jihadistes, mais depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte, ces attaques de la part des jihadistes et de la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) sont sans précédent. En septembre 2024, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) avait revendiqué une double attaque d’une rare ampleur contre l’aéroport militaire de Bamako, la capitale, et contre l’école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.

Les groupes armés profitent qu’il n’y a pas eu de réaction des alliés de Bamako

Pour Jean Hervé Jézéquel directeur du Projet Sahel pour International Crisis Group basé à Dakar au Sénégal, un pas supplémentaire dans la détérioration de la situation sécuritaire a été franchi. La revendication ce soir par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) laisse entendre que les groupes armés seraient tentés de chercher à maintenir leurs avancées. D’autant plus, précise Jean Hervé Jézéquel à Amélie Tulet, que les alliés du Mali n’ont pour l’instant pas réagi.

Point de la situation au Mali en fin de journée avec notre correspondant régional Serge Daniel

Selon notre correspondant régional, Serge Daniel, il s’agit d’attaques parfaitement coordonnées. Dans la ville garrnison de Kati, près de Bamako, fief de la junte, un calme précaire règne actuellement. Plus de détails ont filtré ce soir sur cette attaque. Les assaillants ont visé des bâtiments militaires et des domiciles de hauts gradés de l’armée. Pas de nouvelles pour le moment de certains militaires. La situation pourrait évoluer la nuit à Bamako et à Kati.

Attaque également à l’aéroport de la capitale, Bamako, les vols sont suspendus. Et à Sévaré, ville du centre du Mali, assaillants et armée malienne se partagent la ville. Même situation à Gao, principale ville du nord du Mali, où les assaillants tiennent fermement une partie de la cité. Quant à Kidal, au nord-est du pays, les assaillants disent tenir la ville. Les autorités officielles et militaires restantes se sont retranchées dans l’ancien camp de la Minusma, la mission de l’ONU dans le pays, auhjourd’hui partie. Il y a des échanges de coups de feu, même si les assaillants, ont paradé durant la journée dans une bonne partie de la ville de Kidal.

Des combattants du groupe rebelle touareg Front de libération de l’Azawad (qui a également pris cette image) à Kidal, dans le nord du Mali, le 25 avril 2026. © Front de libération de l’Azawad / AP

Des attaques coordonnées qui semblent signifier la fin de la trêve entre Bamako et le Jnim

Même si Bamako dément que des accords ont été signés avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), ce dernier a l’habitude de dire oui, « Bamako parle avec nous, ils ne veulent pas le reconnaître », rapporte notre correspondant régional Serge Daniel. Ce qui laisse à penser que c’est peut être la fin de la trêve dont on avait parlé à un moment donné entre les deux. Ce qui explique par ailleurs le choix du moment pour cette attaque, c’est que les jihadistes et les rebelles du Front de libération de l’Azawad avaient des problèmes de coordination. Des problèmes qui ont probablement été réglés depuis.

Un élément plus important : sur le terrain, jusqu’à maintenant, les drones de l’armée malienne et ses soutiens russes freinaient la progression des assaillants. Ces derniers ont peut-être trouvé la solution. Ces attaques parfaitement coordonnées constituent un échec pour la junte. Un échec sécuritaire. Avec la ville garnison de Kati, c’est l’endroit le plus sécurisé du Mali qui a été attaqué. Parmi les cibles : le domicile du ministre de la Défense. Nous ne disposons pas de nouvelles précises de lui, pas plus que du chef de la junte, Assimi Goïta. Celui-ci n’a pas encore pris la parole.

Le patron du renseignement du Mali, Modibo Koné, considéré sur place comme un homme fort est resté silencieux. On n’entend pas non plus parler d’Ismaël Wagué qui fait partie de la junte également, ni du président du Conseil national de transition qui est le Parlement. Il y a quand même un silence étonnant de leur part dans des moments difficiles comme ceux-là. Il s’agit en effet de la plus grave attaque survenue au Mali depuis qu’ils ont pris le pouvoir, il y a maintenant cinq ans.

La situation reste confuse dans plusieurs villes au Mali en fin de journée

Une Situation confuse et même tendue continuait de régner dans certaines villes comme celle de Mopti dans le nord-est du pays. Ainsi en fin d’après-midi un habitant de Mopti témoignait au micro de la redaction de RFI Mandenkan Fulfulde. À 17h heure locale les tirs continuaient et les forces de l’ordre étaient mises à mal selon lui.

les jihadistes du Jnim revendiquent des attaques «coordonnées avec la rébellion touareg» à travers le Mali

Les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, ont revendiqué samedi 25 avril une série d’attaques coordonnées avec la rébellion touareg contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir au Mali, en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes importantes du pays. Il s’agit de Kati, la ville garnison proche de Bamako, Mopti et Sévaré, au centre du pays et plus au nord de Gao et kidal.

Dans un communiqué, le Jnim, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako, déclare assumer « la responsabilité » pour les attaques ayant visé samedi « le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l’aéroport international » de Bamako, la capitale, et « les sites militaires dans la ville de Kati » voisine.

  

Le Jnim affirme également avoir pris la ville-clef de Kidal (nord), « après une opération réussie menée contre l’armée malienne et les mercenaires russes de l’Africa corps avec la participation de nos partenaires du Front de libération de l’Azawad (FLA), la rébellion touareg malienne.

«La pression sur les grandes villes s’était accrue ces derniers mois», explique le spécialiste Jean-Hervé Jézéquiel

Les attaques sont menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et le Front de libération de l’Azawad (FLA). À Bamako, l’aéroport international est fermé. Jean Hervé Jézéquel est le directeur du Projet Sahel pour International Crisis Group basé à Dakar au Sénégal. Il explique à Amélie Tulet le nouveau palier qui a été franchi dansle conflit malien.

L’armée malienne et les Russes d’Africa corps «retranchés dans leurs casernes»

L’armée malienne (FAMa) et les forces russes d’Africa Corps sont retranchées dans leurs camps à Gao et Kidal, où elles restent sous le feu des mortiers et des mitrailleuses lourdes des assaillants, selon notre confrère à France 24 Wassim Nasr, expert des mouvements jihadistes.

Les combats se poursuivaient samedi après-midi en périphérie de Bamako et à Kidal, au nord du pays

Samedi après-midi, les combats entre l’armée et les assaillants, entamés à l’aube, se poursuivaient intensément en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes, en particulier à Kidal, bastion historique des groupes armés indépendantistes dans le nord. La rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) a revendiqué sa prise de contrôle.

Une vue de Kidal où des combattants armés non identifiés sont en action. Image récupérée des réseaux sociaux. © Mohamed Elmaouloud Ramadane via REUTERS

«On entendait le crépitement de balles», témoigne une habitante de Bamako

La situation ce matin à Bamako et à Kati (ville garnison proche de la capitale malienne) rapportée par le témoignage d’une habitante de Bamako, reccueilli par Frédéric Garat.

« Tout le monde est scotché à son téléphone parce qu’on essaie d’avoir des infos à gauche à droite, notamment ceux qui ont de la famille qui habite à Kati. Moi, j’ai ma grand-mère qui habite à Kati. Elle est très paniquée parce que des coups de feu résonnent juste à côté de chez elle, elle les entend depuis chez elle. Quand on l’a appelé ce matin, nous-même au téléphone, on entendait les crépitements de balles ».

« Par contre, nous, on est en plein cœur de Bamako, poursuit cette femme, et très tôt ce matin, vers 5h30 environ, on a entendu un grand bruit. Toute la famille s’est réveillée au même moment. Ça a fait claquer nos portes et nos fenêtres. Des amis, qui sont des militaires, ont appelé ma petite sœur pour lui dire de ne pas sortir, qu’il y a des attaques un peu partout et que c’est simultané et de rester à l’abri. C’était une déflagration. On n’a pas compris d’où venait ce choc qui a fait bouger nos portes et nos fenêtres ».

RFI : Est-ce que on observe des mouvements d’avions, d’hélicoptères dans le ciel ? 

«Oui, on en entend. Je n’en vois pas parce que j’ai décidé de ne pas sortir. Mais oui, j’entends des avions. Je ne pourrai préciser si ce sont des hélicoptères ou de quel type d’avion il s’agit. Mais j’ai entendu des avions dans le ciel, oui». 

Le point de la situation au Mali en milieu d’après-midi

Après les attaques perpétrées par des « groupes armés non identifiés », l’armée malienne affirme que la situation est sous contrôle dans la région de Bamako, notamment dans la ville garnison de Kati, au nord de la ville. Notre correspondant régional, Serge Daniel, rapporte toutefois des témoignages faisant état d’une situation confuse, précisant que des jihadistes à moto ont été vus aux abords de la capitale.

De son côté, le Front de libération de l’Azawad revendiquait à la mi-journée la prise de la ville de Kidal, au nord du pays. Sur place, de très nombreux assaillants étaient en action, parmi lesquels des combattants d’al-Qaïda, selon des témoins. Pas d’information précise sur le fait qu’ils combattaient ou non aux côtés des membres du FLA, mais notre correspondant régional souligne que des passerelles existent bel et bien entre les deux groupes.

D’autres attaques ont été enregistrées à Mopti, Sévaré, au centre du pays, de même qu’à Gao au nord du Mali.

Carte du Mali indiquant les lieux des attaques de groupes armés le 25 avril 2026. © RFI

Le président de la Commission de l’Union africaine exprime sa préoccupation face à la situation au Mali

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé sur X sa vive préoccupation pour la situation au Mali. Il a fermement condamné les attaques perpétrées sur plusieurs villes du pays.

📷 Des membres armés non identifiés à Kidal

Des membres armés d’un groupe non identifié à Kidal, sur cette capture d’écran tirée d’un message publié sur les réseaux sociaux le 25 avril 2026. © Mohamed Ramadane / Reuters

L’armée malienne évoque une «situation sous contrôle»

Dans un nouveau communiqué, l’armée malienne affirme que les assaillants ont « essuyé de violents revers grâce au professionnalisme et à l’engagement des Fama [Forces armées maliennes, NDLR]» et assure que la « situation est sous contrôle ».

Les rebelles touareg revendiquent avoir pris la ville clef de Kidal dans le nord

Les rebelles touareg maliens du Front de libération de l’Azawad (FLA) revendiquent avoir pris le contrôle samedi de la ville clef de Kidal, dans le nord du Mali, après avoir attaqué cet ex-bastion de leur rébellion qui était jusqu’ici occupé par l’armée malienne et des militaires russes.

« La ville de Kidal est passée sous contrôle de nos forces armées », a écrit le groupe FLA dans un message sur Facebook. « Nos troupes du FLA contrôlent Kidal, l’essentiel de Kidal. Le gouverneur de Kidal s’est réfugié avec ses éléments au sein de l’ex-camp de la Minusma [la mission de l’ONU, NDLR] », a déclaré à l’AFP, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole des rebelles maliens.

Pour l’heure, RFI n’est pas en mesure de vérifier cette revendication de source indépendante.

🎧 Témoignage d’un habitant de Mopti réveillé par des tirs tôt ce matin

Un habitant de Mopti, dans le centre du Mali, témoigne auprès de la rédaction en mandenkan : « Ce matin vers 5h, des coups de feu nous ont réveillés vers le centre commercial, des tirs très soutenus. À l’heure actuelle, les tirs continuent. À un moment donné, les jihadistes ont reçu des renforts venus de l’autre côté du fleuve pour venir renforcer leurs rangs. […] Au centre-ville de Mopti, près de la grande mosquée, j’ai vu deux corps, des victimes de jihadistes. »

Des premières images à Kati près de Bamako

Notre confrère de France 24, Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes, partage des vidéos montrant des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), lié à al-Qaïda, à Kati, en périphérie de Bamako.

L’ambassade américaine au Mali conseille à ses ressortissants de rester à l’abri

« Dans la matinée du samedi 25 avril, des explosions et des coups de feu ont été signalés près de Kati et de l’aéroport international Modibo Keita à Bamako. Les citoyens américains sont invités à rester où ils se trouvent et à éviter de se rendre dans ces zones jusqu’à ce que de plus amples informations soient disponibles », peut-on lire sur le compte X de l’ambassade des États-Unis au Mali.

🎧 Témoignage d’un Bamakois qui n’a pas pu se rendre à l’aéroport ce matin

Un habitant de la capitale s’apprêtait à prendre un avion à l’aéroport de Bamako ce samedi matin. Il a dû rebrousser chemin, explique-t-il auprès de la rédaction en mandenkan : « J’ai remarqué que toutes les voies étaient coupées par les militaires et la zone fortement quadrillée par ces mêmes militaires armés jusqu’aux dents. Ce que j’ai remarqué, c’est que ces soldats avaient l’air d’être en panique. […] Ils nous ont dit de rebrousser chemin. »

Les vols suspendus à l’aéroport de Bamako

Les tirs sont entendus du côté de la base 101 de Senou, zone où se trouve aussi l’aéroport. Les détonations sont souvent espacées de quelques minutes avant de reprendre avec la même intensité, constate l’AFP.

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Le Mali en proie à plus d’une décennie de conflitsLes groupes armés profitent qu’il n’y a pas eu de réaction des alliés de BamakoPoint de la situation au Mali en fin de journée avec notre correspondant régional Serge DanielDes attaques coordonnées qui semblent signifier la fin de la trêve entre Bamako et le JnimLa situation reste confuse dans plusieurs villes au Mali en fin de journéeles jihadistes du Jnim revendiquent des attaques «coordonnées avec la rébellion touareg» à travers le Mali«La pression sur les grandes villes s’était accrue ces derniers mois», explique le spécialiste Jean-Hervé JézéquielL’armée malienne et les Russes d’Africa corps «retranchés dans leurs casernes»Les combats se poursuivaient samedi après-midi en périphérie de Bamako et à Kidal, au nord du pays«On entendait le crépitement de balles», témoigne une habitante de BamakoLe point de la situation au Mali en milieu d’après-midiLe président de la Commission de l’Union africaine exprime sa préoccupation face à la situation au Mali📷 Des membres armés non identifiés à KidalL’armée malienne évoque une «situation sous contrôle»Les rebelles touareg revendiquent avoir pris la ville clef de Kidal dans le nord🎧 Témoignage d’un habitant de Mopti réveillé par des tirs tôt ce matinDes premières images à Kati près de BamakoL’ambassade américaine au Mali conseille à ses ressortissants de rester à l’abri🎧 Témoignage d’un Bamakois qui n’a pas pu se rendre à l’aéroport ce matinLes vols suspendus à l’aéroport de Bamako

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