Soudan: des artistes à nouveau sans toit après la fermeture de leur refuge à Port-Soudan par les autorités

Le Soudan est entré dans sa quatrième année de conflit, qui s’enlise dans les États du sud du pays, depuis que Khartoum, la capitale, a été reprise par l’armée l’année passée. Le gouvernement est de retour dans la capitale et l’administration se renforce dans les régions du pays tenues par l’armée, non sans un certain autoritarisme. C’est le cas notamment à Port-Soudan, où les autorités ont décidé de fermer un refuge d’artistes.
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Avec notre envoyée spéciale à Port-Soudan, Gaëlle Laleix
Depuis deux ans, l’école Al-Shourta accueille des artistes qui ont fui le conflit. Dans la cour, Muhera Abdel Fadin, expose ses dernières peintures. Les couleurs rouge et orange dominent sur l’une d’entre elles. « Elles représentent le feu de la guerre », explique l’artiste. Au centre de la toile, une mère tient ses trois enfants dans ses bras pour les protéger des fusils qui les menacent tout autour. « La question que pose le tableau est : pourquoi cette femme et ces enfants subissent-ils cela ? », développe Muhera Abdel Fadin.
Aujourd’hui, cette communauté d’artistes doit de nouveau faire ses valises. Le gouverneur de Port-Soudan les a informés de leur expulsion. Bakar Harou pense payer le prix de ses idées parce qu’« on est catégorisés politiquement », assure ce musicien. Parce que les artistes sont « un outil du changement, parce qu’on refuse le meurtre, le sang, cette guerre, cela dérange », développe-t-il, assurant rejeter ce conflit qui a été imposé aux Soudanais.
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À Port-Soudan, l’école Al-Shourta a été surnommée la Maison des révolutionnaires. En 2018, de nombreux artistes avaient participé au soulèvement populaire qui a fait tomber l’ancien dictateur, Omar el-Béchir.
Mohammed Hassan confie qu’il se censure « pour éviter les problèmes avec le gouvernement ». « Durant la révolution, on a atteint nos objectifs de liberté. Puis elle nous a été volée. Jamais on ne se serait imaginé un tel bain de sang. Je n’aurais jamais pensé voir un jour des membres arrachés, des gens coupés en deux », regrette le musicien.
Désormais sans logement, une partie des artistes d’Al-Shourta a décidé de rentrer à Khartoum, la capitale libérée de l’étau des Forces de soutien rapide l’année dernière.
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