Ile Maurice: SBM – Rs 14,34 milliards de prêts toxiques en dix ans

Le député Roshan Jhummun a interpellé le PM sur la situation de SBM Holdings Ltd, mettant particulièrement l’accent sur la participation de l’État et l’ampleur des prêts toxiques enregistrés au cours de la dernière décennie. Dans sa réponse, Navin Ramgoolam a précisé qu’au 31 mars 2026, l’État détient une participation directe de 4,92 % dans SBM Holdings Ltd, représentant une valeur marchande d’environ Rs 987 millions.
Cependant, c’est surtout la question des prêts douteux qui a retenu l’attention. Selon les informations communiquées, les montants cumulés des radiations de prêts entre 2014 et 2024 s’élèvent à environ Rs 14,34 milliards. À titre de comparaison, ces pertes n’étaient que de Rs 1,12 milliard pour la période 2004-2013. En moyenne, la banque a ainsi effacé près de Rs 1,3 milliard par an sur la dernière décennie, contre environ Rs 100 millions auparavant, soit une hausse de plus de dix fois.
Pour Navin Ramgoolam, cette situation traduit une défaillance majeure dans la gestion bancaire. Il a évoqué un effondrement des mécanismes de contrôle interne, de gestion des risques et de suivi des actifs, allant jusqu’à dénoncer des pratiques assimilées à une dilapidation des ressources de la banque. Le PM a également établi un parallèle avec d’autres dossiers bancaires controversés, évoquant un schéma récurrent de mauvaise gouvernance sous l’ancien régime.
Les conséquences de ces décisions ont été lourdes pour l’institution financière. La rentabilité de SBM Holdings a été fortement affectée, avec un bénéfice tombé à seulement Rs 15 millions en 2019, contre Rs 2,7 milliards en 2013. Une chute spectaculaire qui illustre l’impact direct de ces prêts non performants sur la solidité de la banque.
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Une part importante de ces créances douteuses est concentrée sur quelques dossiers majeurs.Trois sociétés étrangères représentent à elles seules environ Rs 9 milliards, soit près de deux tiers des prêts toxiques recensés. À cela s’ajoutent des cas locaux controversés, notamment un prêt de Rs 1,4 milliard accordé à Dhyanavartam Ltd, opérateur du Maradiva Villas Resort & Spa, alors que l’entreprise connaissait déjà des difficultés financières. Une facilité supplémentaire de Rs 470 millions aurait même été octroyée en 2024 sans l’aval du comité de crédit, une affaire actuellement sous enquête.
Face à cette situation, des mesures ont été engagées pour tenter de récupérer les fonds. La banque a enclenché des procédures judiciaires, tant au niveau local qu’international, procédé à la réalisation de garanties lorsque cela était possible et mis en place des mécanismes de restructuration. À ce jour, environ Rs 2,6 milliards ont pu être récupérées, un montant jugé encore insuffisant au regard de l’ampleur des pertes.
Le PM a également détaillé les responsabilités dans la structure décisionnelle de la banque. Entre 2014 et 2019, les décisions de crédit relevaient d’un comité du conseil d’administration, avant d’être transférées à un forum de gestion à partir de 2020. Plusieurs responsables se sont succédé à la tête de ces instances, ainsi qu’au poste stratégique de Head of Credit, chargé de l’évaluation des prêts. Insistant sur le rôle central du conseil d’administration, Navin Ramgoolam a rappelé que celui-ci est garant de la protection des actifs de la banque et des dépôts des clients.
Il a estimé que cette mission n’avait pas été remplie de manière adéquate durant la période concernée.
Des enquêtes internes sont en cours, avec la mise en place d’une équipe spécialisée depuis mars 2026 et le recours à des consultants externes pour appuyer les investigations et les efforts de recouvrement. Le gouvernement affirme vouloir faire toute la lumière sur ces pratiques, en identifiant non seulement les bénéficiaires des prêts litigieux, mais aussi les responsables internes ayant facilité ces transactions.


