La RDC va-t-elle accueillir des Afghans ayant aidé l'armée américaine?

Les États-Unis cherchent à envoyer en Afrique subsaharienne plus d’un millier d’Afghans, aujourd’hui coincés au Qatar et ayant, pour la plupart, travaillé avec l’armée américaine pendant la guerre en Afghanistan. Selon des sources concordantes, des discussions ont été engagées avec plusieurs pays du continent ces derniers mois. Parmi ces pays figure la RDC, affirme le président d’AfghanEvac, une coalition humanitaire de soutien à ces Afghans.
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Près de 1 100 Afghans sont concernés. Ils sont d’anciens interprètes pour l’armée américaine, anciens membres des forces spéciales afghanes ou membres de familles de militaires américains. Et parmi eux, 400 enfants.
Tous ont été évacués d’Afghanistan par les Américains après la chute de Kaboul aux mains des talibans fin 2024, car leur proximité avec les États-Unis en faisait des cibles du nouveau régime.
Depuis, ils ont été envoyés au Qatar, dans une ancienne base militaire américaine, le camp As-Sayliyah, où ils pensaient seulement transiter avant d’être réinstallés aux États-Unis. C’était la promesse de l’administration d’alors, celle de Joe Biden, qui avait accueilli près de 190 000 Afghans dans le pays au lendemain de la chute de Kaboul.
Mais, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, ce scénario est compromis. Non seulement le président américain a suspendu l’entrée des ressortissants afghans aux États-Unis, mais, en janvier dernier, il a clairement annoncé son refus d’accueillir ces Afghans évacués. Ainsi que sa décision de fermer le camp qui les accueille, plongeant ces familles et anciens collaborateurs de l’armée américaine dans l’impasse.
Certains pays africains considérés comme pays d’accueil
Plusieurs sources humanitaires et diplomatiques confirment que, depuis, l’administration américaine multiplie les pourparlers pour trouver un ou plusieurs pays sur le continent africain pour les accueillir.
Un rapport sénatorial américain de février 2026 évoque environ 300 transferts vers des pays tiers, pour un coût estimé à plus de 40 millions de dollars. Il mentionne des paiements à certains gouvernements africains, notamment au Rwanda, en Guinée équatoriale et en Eswatini.
Citée par le New York Times, l’ONG AfghanEvac, une coalition humanitaire de soutien à ces Afghans, se lève contre un tel scénario, perçu comme une manœuvre pour les pousser à rentrer en Afghanistan, où ils sont en danger. « Ce n’est pas un plan de réinstallation. C’est un plan de refus », dénonce un communiqué de l’association dirigée par un vétéran de l’armée américaine, Shawn VanDiver, qui aurait été mis au courant d’un plan de relocation des anciens collaborateurs afghans vers… la RDC.
« Nous avons plusieurs sources gouvernementales, mais également en dehors de l’administration, qui étaient assez inquiètes que ces Afghans puissent être envoyés en République démocratique du Congo, développe Shawn VanDiver au micro de Nicolas Rocca, du service international de RFI. La RDC est, j’en suis sûr, un pays magnifique, mais ce n’est pas un endroit sûr. Pourquoi voudrait-on prendre des personnes qui viennent de la plus grave crise de réfugiés au monde pour les envoyer dans la deuxième plus grande crise de réfugiés de la planète ? Ce n’est simplement pas comme ça que nous devons nous comporter avec nos alliés. » Pour l’heure, aucune source officielle, ni américaine ni congolaise, n’a confirmé l’information.
Sollicité par l’AFP, le département d’État a indiqué que les États-Unis étudiaient la possibilité d’une « réinstallation volontaire » depuis le camp d’As-Sayliyah au Qatar. « Le transfert de la population du camp vers un pays tiers constitue une solution positive qui permet aux personnes encore présentes de commencer une nouvelle vie en dehors de l’Afghanistan en toute sécurité, tout en préservant la sûreté et la sécurité du peuple américain », a déclaré un porte-parole du département d’État.
Mais les Afghans bloqués au Qatar refusent toute autre solution qu’un rapatriement aux États-Unis. « Lorsque vos soldats nous ont demandé de nous tenir à leurs côtés, nous nous sommes tenus à leurs côtés […] Beaucoup de nos amis et de nos proches sont morts en accomplissant ce que l’Amérique leur avait demandé. On nous a répété, à maintes reprises, pendant vingt ans, que l’Amérique n’oubliait pas ses amis. Nous demandons qu’on se souvienne de nous aujourd’hui. Nous demandons à pouvoir venir dans le pays que nous avons servi », peut-on lire dans un communiqué transmis à RFI.
« Mon frère a protégé le personnel diplomatique et apporté un appui direct aux forces américaines sur le terrain. Il a fait l’objet d’une enquête de sécurité et a été autorisé à venir ici, aux États-Unis ; aujourd’hui, cela fait plus d’un an qu’il se trouve dans un bâtiment américain à Doha, attendant que le pays que nous avons tous deux servi tienne sa parole », abonde Sean Jamshidi, ancien Marine, sur notre antenne.
Quinze migrants sud-américains déjà en territoire congolais
Dans l’affaire, l’option congolaise ne serait pas surprenante. Le 16 avril dernier, quinze migrants de nationalité péruvienne, colombienne et équatorienne débarquaient d’un avion en provenance des États-Unis sur le tarmac de l’aéroport de Kinshasa. L’un d’eux, nommé Jorge Cubillos, joint par le quotidien espagnol El Pais, raconte depuis son hôtel kinois avoir « craqué » lorsque les agents de l’ICE lui ont appris la nouvelle.
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« Je n’arrivais pas à croire ce qui se passait », relate un autre, Carlos Rodelo, qui avait dû fuir la Colombie, « ils nous traitaient comme des esclaves. » Dans un poste sur le réseau social X, le président colombien, Gustavo Petro, a déclaré qu’il s’agissait de pratiques discriminatoires et a annoncé que « le ministère des Affaires étrangères a reçu l’ordre de rapatrier immédiatement et sans entraves les Colombiens du Congo ».
Ces relocalisations sont le résultat d’un accord migratoire signé entre Kinshasa et Washington. Si aucun chiffre n’a été communiqué, une source congolaise a expliqué à RFI que la présence de ces migrants serait « strictement temporaire », entre « trois et six mois » dans l’attente de leur retour vers leur pays d’origine.
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