Ile Maurice: Le coût d'un système à bout de souffle

La décision du Petroleum Pricing Committee (PPC), entérinée le 15 avril 2026, d’augmenter les prix de l’essence et du diesel de 10 %, n’a surpris personne. Cette majoration était attendue. Présentée par la State Trading Corporation (STC) comme une application rigoureuse des mécanismes réglementaires, elle révèle pourtant bien plus qu’un simple ajustement technique : elle met en lumière les fragilités d’un système de fixation des prix sous tension.

Sur le plan strictement économique, les justifications avancées sont difficilement contestables. La hausse des prix internationaux du pétrole, combinée à la dépréciation de la roupie face au dollar – environ Rs 46,70 – renchérit mécaniquement les importations. Les calculs pour la période de janvier à juin 2026 indiquent des hausses de 20,3 % pour l’essence et de 34,4 % pour le diesel. Ce dernier avait d’ailleurs déjà subi une augmentation de Rs 5,95 le 24 mars. Résultat : en l’espace de trois semaines, son prix a bondi de Rs 12,30.

Stabilisant instable


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S’en tenir à cette lecture technique serait toutefois réducteur. Car les hausses effectivement appliquées – limitées à 10 % – ne reflètent pas la réalité des coûts. Elles sont plafonnées par la réglementation dès lors que le Price Stabilisation Account (PSA) est déficitaire. Or, ce compte affiche aujourd’hui un trou de Rs 3,2 milliards. C’est là que se situe le véritable noeud du problème.

Conçu comme un amortisseur des fluctuations internationales, le PSA joue un rôle inverse. En maintenant artificiellement les prix à un niveau inférieur à leur coût réel ces derniers mois, il a accumulé des pertes qui réduisent aujourd’hui sa capacité d’intervention. Autrement dit, le mécanisme de stabilisation est lui-même devenu une source d’instabilité.

La hausse de 10 % décidée cette semaine apparaît ainsi comme un compromis – entre nécessité économique et contrainte politique plutôt qu’un ajustement complet. En différant les hausses nécessaires, le système reporte la pression sur l’avenir, au risque de rendre les ajustements futurs plus brutaux.

Ce choix de lisser les prix à court terme a donc un coût: il entretient une illusion de stabilité tout en creusant les déséquilibres. À mesure que le déficit du PSA se creuse, la marge de manoeuvre se réduit, rendant inévitable une correction plus douloureuse.

À ces fragilités s’ajoutent une autre question, souvent reprise par la classe politique et les analystes financiers: celle de la composition même des prix. Une part significative du prix à la pompe ne reflète pas le coût du carburant, mais une série de taxes, contributions et mécanismes de subventions croisées. Chaque litre inclut notamment une contribution de Rs 7,20 destinée à financer des produits essentiels comme le gaz ménager, la farine et le riz.

Si l’objectif social est compréhensible, son financement par les automobilistes soulève des interrogations légitimes en matière d’équité et de transparence. Ce système revient, de facto, à faire peser une politique sociale sur une catégorie spécifique de consommateurs.

À cela s’ajoutent des ajustements négatifs jusqu’à Rs 13,80 par litre pour le diesel dont les modalités restent peu lisibles par le public. Ces mécanismes, censés atténuer les hausses, contribuent surtout à complexifier un dispositif déjà opaque.

Dans ce contexte, la stratégie de la STC, à l’étude, en achetant notamment plus de Jet A1 pour les besoins du transport aérien, apparaît comme une tentative de desserrer l’étau. Ce carburant, porté par la reprise du trafic, représente en effet un segment plus rentable. Mais cette piste, à elle seule, ne saurait compenser les déséquilibres structurels du système.

Au fond, le problème dépasse la question des prix à la pompe. Il renvoie à un modèle, tiraillé entre logique de marché, contraintes budgétaires et impératifs sociaux. Et qui, aujourd’hui, montre clairement ses limites. La hausse de ce mois d’avril ne constitue donc pas un simple ajustement conjoncturel. Elle est le symptôme d’un système à bout de souffle, et pose, plus que jamais, la question de sa refonte en profondeur.

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