Ile Maurice: Des travailleurs indiens veulent rentrer chez eux

Depuis hier matin, peu après 8 heures, une centaine de travailleurs étrangers indiens se sont massés devant le bureau du ministère du Travail, à Port-Louis, pour faire entendre leur détresse. Assis, debout ou réfugiés à l’ombre comme ils le peuvent, tous disent n’avoir plus d’autre choix que de réclamer justice. Leur principale revendication est claire : rentrer en Inde. Pour plusieurs d’entre eux, l’attente dure depuis près de deux ans.
Leur situation financière serait devenue intenable. Ils évoquent un non-paiement des heures supplémentaires depuis plus d’un an ainsi qu’une interruption des salaires sur trois mois, ce qui les a poussés à cesser toute activité et à entamer des démarches auprès des autorités. Deux entreprises sont concernées, dont RBRB Construction Ltd.
Ces travailleurs affirment avoir cessé le travail depuis le 16 mars. Ils soutiennent qu’ils ne voulaient plus continuer à travailler sous les mêmes conditions imposées. D’après leurs explications, ils avaient été recrutés pour venir travailler à Maurice sous contrat avec RBRB Construction Ltd. Mais, une fois sur place, la réalité a été bien différente de ce qui leur avait été annoncé. «Nou finn vinn isi nou’nn krwar kiksoz pou korek, me kiksoz pann pas koumsa», confie l’un d’eux, visiblement épuisé par des semaines d’incertitude. Tous demandent désormais à pouvoir tourner la page et retrouver leur famille.
Au coeur de leurs griefs figurent plusieurs manquements présumés aux termes du contrat. Les travailleurs racontent que l’alimentation devait être fournie par l’employeur, mais qu’une somme de Rs 2 000 était pourtant prélevée chaque mois sur leur salaire à cet effet. Ils affirment également qu’ils devaient travailler huit heures par jour, alors qu’en pratique, ils effectuaient jusqu’à 12 heures quotidiennes, sans rémunération adéquate pour les heures supplémentaires.
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Certains disent avoir cru que leur contrat ont été résilié, sans toutefois disposer de documents pouvant le prouver. Dans cet entredeux administratif, ils expliquent s’être tournés vers une autre entreprise privée où, selon eux, les repas étaient fournis gratuitement.
Les conditions d’hébergement constituent un autre point de rupture. Des travailleurs évoquent un dortoir surpeuplé où des dizaines de personnes cohabitent dans un même espace. «Nou pa pe viv kouma dimounn. Nou pe zis espere pou retourn lakaz», lance un gréviste. Cette promiscuité, combinée à la fatigue, aux retenues salariales contestées et à l’absence alléguée de paiement de plusieurs heures supplémentaires, a nourri le mécontentement jusqu’au sitin observé devant le ministère.
«Stoppage of work»
Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun dénonce lui aussi une situation intenable. Selon lui, ces travailleurs indiens sont exploités et forcés à vivre dans de très mauvaises conditions. «Zot pe res dan enn poulaye. Pa bon ditou», affirme-t-il. Il soutient qu’ils travaillaient 12 heures par jour, tout en étant rémunérés pour seulement huit heures. «Sa pa zis enn kestion kondision travay. Se enn kestion dinite imin», insiste-t-il, estimant que de telles pratiques relèvent d’une exploitation humaine qu’il faut faire cesser. Il ajoute qu’un hébergement digne ne peut en aucun cas signifier l’entassement de dizaines de personnes dans un seul lieu.
Une lettre affichée par la direction de RBRB Construction Ltd fait état, pour sa part, d’un «stoppage of work» depuis le 16 mars, ayant provoqué des perturbations sur le chantier. Le document convoque les travailleurs à une réunion avec les représentants du ministère du Travail sur le site de La Source. Dans ce contexte, les autorités disent suivre le dossier de près.
Selon un fonctionnaire de la Conciliation & Mediation Division, Special Migrant Workers Unit, le cas est actuellement pris en charge. Il affirme que des démarches seront entreprises pour permettre aux travailleurs de récupérer les arriérés. Les autorités assurent aussi aux travailleurs qu’ils pourraient rentrer dans leur pays d’ici un mois.
Le remboursement des contributions versées au National Pensions Fund, le paiement des congés de maladie et des congés annuels ainsi que le versement du bonus et des salaires dus figurent également parmi les engagements évoqués. Selon ce fonctionnaire du bureau du ministère du Travail, il existe aussi une possibilité que les deux entreprises concernées fassent l’objet de poursuites.
Le directeur général de RBRB Construction Ltd, Bhooshan Ramloll, affirme être «pleinement au courant de la situation», tout en rejetant catégoriquement les griefs avancés. «Le dernier paiement de salaire remonte à la fin du mois de mars 2026», soutient-il, qualifiant de «fausse» l’allégation de trois mois d’arriérés. Il explique que le conflit est survenu dans un contexte administratif délicat, lié au retard dans le renouvellement des permis de travail. «Comme ils n’ont pas le renouvellement de leur Work Permit qui doit être fait par le gouvernement, ils manifestent pour rentrer chez eux», avance la direction.
Le mouvement de grève, qualifié de «stoppage of work», aurait débuté le 16 mars pour se poursuivre jusqu’au 30 mars, avant de s’étendre au 10 avril. «Nous avons contacté le ministère du Travail dès le début. Nous avions proposé de payer les salaires jusqu’au 10 avril, y compris les jours de sit-in, et demandé aux employés de reprendre le travail. Ils ne l’ont pas fait», précise Bhooshan Ramloll.
Il fait ressortir que 70 employés sur un total de 232 sont concernés, notamment ceux affectés à un chantier de logements de la New Social Living Development Ltd et logés dans un dortoir à Hermitage. «S’ils peuvent prouver que des overtime n’ont pas été payés, nous les réglerons», assure la direction. Concernant les conditions de vie, l’entreprise indique fournir le gaz et un cuisinier, mais précise que la nourriture reste à la charge des employés.
Des négociations sont en cours. Selon la direction, les travailleurs concernés ont exprimé le souhait de rentrer dans leur pays d’origine. «Puisqu’ils refusent de travailler, cela constitue un breach of contract. Ils ont rencontré le ministère du Travail, qui leur a demandé ce qu’ils souhaitent faire. Ils ont dit qu’ils souhaitent rentrer chez eux. Nous avons donc convenu de prendre en charge leurs billets d’avion», conclut la direction.



