«C'est ma seule ressource financière»: à Aweday, le khat fait vivre des milliers d'Éthiopiens

En Éthiopie, le business du khat, cette plante aux effets proches des amphétamines, est devenu au fil des années un eldorado économique pour la population de l’est du pays. De plus en plus d’agriculteurs de la région délaissent même la culture historique du café pour celle du khat, jugée plus rentable. Reportage au marché de khat d’Aweday, l’un des plus grands au monde.
Ce dimanche matin, le marché au khat d’Aweday est en pleine effervescence. Les clients se bousculent sur l’allée principale et se frayent un chemin au milieu des camions venus chercher la marchandise.
Dans cette région de l’est de l’Éthiopie, le business du khat est florissant et fait vivre des milliers de producteurs, dont une majorité de femmes, comme Halima. Foulard rouge sur la tête, elle trie les fines branches à même le sol : « Tous les jours, je viens au marché vendre ma marchandise. Je fais ça depuis 20 ans. Ce n’est pas un métier stable. Un jour ça va, le lendemain, ça peut être compliqué, en fonction des cultures, explique-t-elle. On n’a pas d’autre opportunité, c’est le seul travail qu’on peut faire ici. Tout ce que je gagne pour ma famille vient du khat, c’est ma seule ressource financière. »
La production du khat génère beaucoup d’emplois dans cette zone où les opportunités économiques sont minces. Après cinq ans d’études à l’université de Jijiga, en région Somali, Hamsa est devenu revendeur de khat : « Quand j’ai obtenu mon diplôme, à l’époque, je n’ai vu aucune opportunité offerte par le gouvernement. Alors, j’ai commencé à travailler dans ce secteur. Mon travail quotidien consiste à acheter le khat, puis à l’envoyer en région Somali. C’est très difficile, car nous travaillons, tous les jours, jour et nuit. »
La culture historique du pays, le café, remplacée par celle du khat
Ces dernières années, le business du khat, porté par plus de deux millions de producteurs, a explosé en Éthiopie. Dans certaines zones, jusqu’à 64% des agriculteurs ont même remplacé la culture, historique, du café par le khat, bien plus rentable.
Seneshaw Tamru, économiste au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, analyse : « Le café n’est récolté qu’une fois par an et son rendement varie d’une année à l’autre en raison notamment de facteurs physiologiques. Le café est également l’une des cultures les plus sensibles au climat, il est donc aussi vulnérable aux maladies et aux ravageurs. Contrairement au café, le khat peut être récolté trois ou quatre fois par an. Il est considéré comme une excellente culture de rente. »
À long terme en revanche, la production de khat s’avère moins avantageuse. « La plupart des agriculteurs sont impatients et ils veulent donc des bénéfices immédiats et à court terme, nuance-t-il. Pour cela, le khat est tout à fait approprié. Mais certaines études montrent qu’à long terme, même pour les agriculteurs, le café est plus rentable que le khat, notamment en termes de revenus par hectare. »
Au marché d’Aweday, un kilo de khat est vendu entre 1 000 et 15 000 birrs le kilo, soit entre 5 et 80 euros.
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