Cameroun: Biya promulgue la constitution du vice-président

93 ans, 44 ans de pouvoir. Le 14 avril 2026, Paul Biya a signé la révision constitutionnelle la plus décisive depuis 2008. À la tombée de la nuit, pendant que le monde regardait ailleurs.
Nuit du 14 avril : l’histoire s’écrit dans le silence
Le président Paul Biya a promulgué ce mardi 14 avril 2026 la loi portant révision de la Constitution et instituant le poste de vice-président de la République du Cameroun. Une signature, un texte de loi, et un pays basculé.
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Sa signature par le chef de l’État ce 14 avril lui confère désormais force de loi et marque l’entrée en vigueur d’un changement majeur dans l’architecture constitutionnelle du pays. Le Cameroun avait les yeux tournés vers la visite annoncée du Pape Léon XIV et les résultats de la Ligue des Champions. La révision constitutionnelle, elle, n’a pas attendu les projecteurs.
Le parallèle est saisissant : le 14 avril 2008, Biya supprimait la limitation des mandats présidentiels. Le 14 avril 2026, il verrouille sa succession. Même date, même méthode.
Un poste disparu depuis 54 ans, ressuscité en quatre jours
Le 5 avril 2026, le Parlement camerounais réuni en Congrès a adopté le Projet de Loi N°2094/PJL/P modifiant la Constitution. Pour la première fois depuis l’indépendance, le Cameroun dispose d’un cadre constitutionnel pour un vice-président de la République nommé par Paul Biya, révocable par lui, successeur constitutionnel désigné sans vote populaire.
Le poste de vice-président a été aboli en 1972 après un référendum constitutionnel sous le président Ahmadou Ahidjo. Pendant 54 ans, c’est le président du Sénat qui gérait les vacances du pouvoir. Ce mécanisme appartient désormais au passé.
Les membres de la Commission spéciale du Congrès n’ont disposé que de moins de deux heures pour examiner un texte engageant l’avenir institutionnel de 30 millions de citoyens. Aucun amendement proposé par l’opposition n’a été retenu.
Le mécanisme : une succession verrouillée par décret
Le vice-président devient la deuxième personnalité de l’État, immédiatement après le chef de l’État. Il est nommé directement par le président de la République et chargé de le suppléer en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif.
En cas de vacance du pouvoir, le vice-président est chargé d’achever le mandat présidentiel en cours, et non d’organiser une nouvelle élection dans l’immédiat. La différence est fondamentale : l’élection est différée, le pouvoir transmis sans scrutin.
Les principales dispositions incluent : le président Biya obtient l’autorité exclusive de nommer et de révoquer le vice-président ; le vice-président devient automatiquement président intérimaire en cas de décès, démission ou incapacité de Biya ; le vice-président ne peut pas se présenter à la prochaine élection présidentielle.
La constitutionnaliste Pr. Owona Mfegue, fille du rédacteur principal de la Constitution de 1996, dénonce un « régime bâtard » : la coexistence d’un vice-président et d’un Premier ministre, sans articulation réelle entre leurs fonctions, crée selon elle une « ambiguïté exécutive inédite ».
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La succession présidentielle au Cameroun n’est pas encore tranchée. Mais les couloirs du Palais d’Étoudi bruissent.
Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, est présenté comme le favori des cercles du palais. Il bénéficie de délégations de pouvoir présidentiel et entretient une proximité avec Chantal Biya, la première dame. Ngoh Ngoh a méthodiquement placé ses hommes dans les cercles névralgiques du pouvoir. Mais sa position de favori est aussi sa principale faiblesse : son influence est perçue comme excessive par les caciques du RDPC.
Franck Biya, fils aîné du chef de l’État, nourrit les fantasmes d’une succession dynastique. Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence, représente une autre faction des technocrates du palais d’Étoudi.
Le texte constitutionnel précise que Paul Biya « peut » nommer un vice-président. Aucune obligation. Aucun calendrier imposé.
La question que le Cameroun ne peut plus esquiver
Dans un pays de 30 millions de personnes, combien de temps une succession désignée sans le peuple peut-elle tenir face à une société qui a déjà démontré, depuis 2018, sa volonté de changement ?
La réforme constitutionnelle de 2026 ne règle pas la question de la légitimité. Elle la déplace. Un vice-président nommé, non élu, héritera d’un État sous tension sécessionniste dans les régions anglophones, d’une économie sous pression et d’une opposition qui parle déjà de dérive monarchique. La signature de Biya du 14 avril ouvre une page. Ce qu’on y écrira dépend encore d’un seul homme.



