Madagascar: six mois de pouvoir militaire, quel bilan pour les jeunes?

À Madagascar, cela fait aujourd’hui six mois que les militaires du Capsat ont pris le pouvoir. L’occasion de demander à la jeunesse malgache le bilan qu’elle tire des premiers mois du régime de la Refondation, elle qui a joué un rôle crucial dans la contestation contre Andry Rajoelina en investissant la rue pendant trois semaines en septembre et octobre 2025. À l’université d’Antananarivo, les jeunes rencontrés portent un regard pour le moins sévère, estimant que les autorités de transition n’ont pas rompu avec les pratiques du précédent régime.
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Avec notre correspondant à Antananarivo, Guilhem Fabry
Le campus d’Ankatso a retrouvé son calme. Ce lundi 13 avril 2026, de nombreux étudiants se prennent fièrement en photos, mémoires en main après leur soutenance. La fièvre contestataire de septembre et octobre 2025 a laissé la place à une certaine lassitude chez Henintsoa, étudiante en gestion de 23 ans : « Jusque-là le bilan est assez négatif, à une exception : les délestages ont baissé. Mais autrement, la Refondation n’est pas en marche. Du temps de Rajoelina, il était impossible d’exprimer des avis négatifs sur les dirigeants. Aujourd’hui ceux qui osent critiquer le régime sont menacés. C’est quasiment les mêmes pratiques, mais sous la façade de la Refondation. »
« Plaire aux citoyens »
La pratique politique malgache n’a pas réellement changé depuis six mois estime Rakoto, étudiant en communication de 27 ans : « Les politiciens jouent beaucoup sur les sentiments et la communication. Ils s’expriment pour plaire aux citoyens, ils sont dans la rhétorique, mais il n’y a pas de résultats tangibles ». De son côté, Dera, un étudiant en tourisme, constate que la corruption continue de parasiter le quotidien des Malgaches : « Quand on voyage, les taxi-brousses sont arrêtés par les gendarmes. Et sous les papiers de la voiture, il y a toujours une petite somme d’argent prévue pour eux. Chacun doit commencer sa propre lutte contre la corruption, en partant de la base pour aller jusqu’au sommet. »
« Concertation nationale de la jeunesse »
Dans son premier discours face à l’Assemblée nationale ce lundi, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a loué « l’audace de la Gen Z ». Écouter leurs idées, a-t-il affirmé, « permet d’améliorer les politiques publiques ». Ce 14 avril, c’est aussi la date choisie par les autorités pour lancer officiellement la « concertation nationale de la jeunesse ». Ce dispositif doit permettre de recueillir les préoccupations et aspirations des jeunes dans toutes les régions de Madagascar avant le lancement de la concertation nationale étendue à tous les citoyens en juillet 2026.
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