Sénégal: Numérique – Le « choc » de Kolda

D’une coupure de connexion humiliante pour 75 000 étudiants est née une ambition nationale : souveraineté satellitaire et haut débit pour tous. En déplacement à l’Espace numérique ouvert (Eno) de Kolda, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, a scellé une promesse de campagne : aucun étudiant ne sera plus jamais laissé dans le noir numérique. Récit d’une accélération forcée par l’urgence sociale.

L’air est lourd à Kolda, mais l’atmosphère à l’Espace numérique ouvert (Eno) est électrique. Face aux étudiants, aux autorités administratives et aux partenaires, Alioune Sall ne livre pas un simple discours de circonstance. Il raconte une genèse. Celle d’un déclic né dans les couloirs feutrés des premiers conseils des ministres du nouveau régime. Tout commence par une annonce qui sonne comme un aveu d’impuissance.

Abdourahmane Diouf, alors ministre de l’Enseignement supérieur, révèle l’impensable : les 75 000 étudiants de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK) sont déconnectés. La raison ? Une ardoise de 1,5 milliard de FCfa impayée auprès d’un opérateur privé.


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« Cette annonce m’avait tellement choqué », confie Alioune Sall, la voix posée mais ferme. « Se dire qu’en 2024, on peut priver l’avenir de ce pays de connexion parce que l’État n’a pas payé…, c’était inacceptable ». Pour ces étudiants « virtuels », dont le campus est un écran, la coupure n’est pas un désagrément : c’est une exclusion de la connaissance.

Le satellite comme arme de désenclavement

Ce choc a servi de catalyseur. Ce qui n’était qu’une idée en gestation dans les cartons du ministère est devenu une priorité nationale : la connectivité satellitaire. Finies les dépendances aux infrastructures terrestres capricieuses ou aux factures exorbitantes des opérateurs classiques. L’État a décidé de passer par les étoiles pour ramener le savoir sur terre.

L’objectif est clair : d’ici le mois de mai, la tournée nationale passera par les 18 Eno du pays et l’ensemble des universités. Mais l’ambition ne s’arrête pas aux bancs de la fac. « Le numérique sera un levier de développement économique et social, un accélérateur à fort impact », martèle le ministre devant un auditoire attentif.

2027 en ligne de mire : l’école de demain

Le projet affiche des chiffres vertigineux. Si les étudiants sont les premiers servis, l’Éducation nationale suit de près. Sur les 6 500 établissements recensés, 5 000 sont déjà dans le viseur du plan de déploiement. L’horizon 2027 est fixé comme le point de bascule : chaque « couche apprenante » du Sénégal, qu’elle soit dans la fureur de Dakar ou le calme de la Casamance, devra disposer du même haut débit que dans les pays développés.

En quittant le pupitre, après avoir salué le gouverneur et les autorités locales, Aliou Sall laisse derrière lui plus qu’une promesse technique. Il installe l’idée d’une souveraineté numérique retrouvée. À Kolda, le message est passé : le futur du Sénégal ne sera plus jamais « hors-ligne » pour défaut de paiement.

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