Éthiopie: à Harar, le musée Rimbaud raconte l'autre vie de l'écrivain [2/3]

Au beau milieu de la vieille ville de Harar, à plus de 500 kilomètres à l’est d’Addis Abeba, se trouve un musée dédié à Arthur Rimbaud. L’occasion de faire découvrir aux visiteurs un pan inconnu de la vie du poète français, qui a vécu une dizaine d’années en Éthiopie. 

De notre correspondante à Addis Abeba,

Il faut quitter l’agitation de la rue des couturiers et bifurquer sur une petite ruelle pour découvrir le musée Rimbaud. Depuis 2000, il est niché dans une immense maison harari traditionnelle. Le célèbre poète français, qui a vécu à Harar de 1880 à 1891, n’a pourtant jamais habité la bâtisse, comme le précise Abdulnasir Garad, directeur du musée :

« Cette maison appartenait à un marchand indien. Quand Artur Rimbaud est arrivé ici, après avoir été employé par Alfred Bardey, un exportateur de café à Aden, il ne vivait pas là, mais dans un bâtiment appartenant à Rauf Pasha, gouverneur d’Harar. Puis, il a vécu dans une petite maison harari, d’après les recherches que nous avons en notre possession. »

Pour en savoir plus sur l’histoire d’Arthur Rimbaud à Harar, il faut emprunter le vieil escalier en bois qui mène au premier étage. Là, les visiteurs découvrent des photos de la ville à l’époque, prises par le poète, et peuvent lire quelques panneaux explicatifs sur sa vie de commerçant en Éthiopie.

Autoportrait d'Arthur Rimbaud, à Harar en Ethiopie et postée dans une lettre à sa famille le 6 mai 1883.
Autoportrait d’Arthur Rimbaud, à Harar en Ethiopie et postée dans une lettre à sa famille le 6 mai 1883. © CC wikimedia

De poète à marchand de café

Meron, qui habite à Addis Abeba, est venue visiter le musée en famille : « Je suis venue visiter le musée parce que, vous savez, je pense qu’il y a tellement d’histoires à Harar dont j’ignorais l’existence. Qui aurait pu imaginer qu’Arthur Rimbaud se trouvait dans cette petite ville ici ? C’est intéressant aussi de voir que, même il y a si longtemps, on avait déjà autant d’échanges internationaux : j’ai par exemple appris qu’à Harar, on exportait du café, ce qui était très intéressant. Je ne le savais pas. »

Getachew, à Harar pour le week-end, n’en est pas à sa première visite : « Je pense que c’est l’une des plus belles maisons de Harar. Je l’apprécie toujours autant à chacune de mes visites. J’en apprends aussi davantage sur le poète. Je ne savais pas qu’il avait écrit des lettres à Ménélik, qu’il avait aussi fait de la photographie. C’est impressionnant qu’il ait pu préserver tout ça pour la ville, pour le pays. »

Pour Abdulnasir Garad, transmettre cette mémoire est la mission principale du musée : « Les habitants de Harare n’avaient pas une bonne opinion d’Arthur Rimbaud, ni des étrangers en général, parce qu’ils pensaient qu’Arthur Rimbaud était un espion, et qu’il avait des relations inhabituelles avec les garçons. Mais nous devons faire connaître son histoire, en offrant des plateformes où les jeunes peuvent venir discuter de Rimbaud. »

Atteint d’une tumeur, le poète devra pourtant rentrer en France, où il meurt le 10 novembre 1891 peu après son 37e anniversaire. Sur son lit de mort, à Marseille, il suppliait de retourner en Éthiopie.

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