Ile Maurice: Une stratégie ciblée pour ancrer les droits humains dans la réalité

Le rapport annuel 2025 de la National Human Rights Commission (NHRC), déposé à l’Assemblée nationale mardi dernier, esquisse une année de renouveau, de consolidation et d’action ciblée visant à transformer les droits inscrits sur le papier en réalités vécues.

Dans son avant-propos, le président de l’organisme Satyajit Boolell écrit : «Suite aux élections générales de 2024, un nouveau programme gouvernemental pour 2025-2029 a défini un programme ambitieux axé sur le renouveau démocratique, la réforme institutionnelle et une gouvernance renforcée.» La NHRC a adopté une approche ciblée axée sur des thèmes à fort impact : la surveillance de la détention, l’inclusion des personnes handicapées, la violence fondée sur le genre, les droits linguistiques dans l’éducation, la réinsertion des détenus et les droits humains environnementaux.

Les équipes d’inspection ont effectué des visites approfondies dans les prisons, les cellules de police et les centres de détention pour mineurs. Elles ont noté une surpopulation et une dégradation des infrastructures compromettant la santé et la sécurité. À cela s’ajoutent un accès insuffisant aux services de santé mentale ainsi que des pénuries en matière de sécurité et de personnel. Des lacunes dans l’aide juridictionnelle et l’accès à un procès équitable et rapide ont également été relevées.

Les recommandations priorisent des actions immédiates et à moyen terme. Parmi celles-ci, la réduction de la surpopulation carcérale grâce à des alternatives à la détention, un traitement accéléré des dossiers et une aide juridique élargie. Il est également question d’investir dans la modernisation des infrastructures, l’assainissement et les services de santé.


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Mais aussi de renforcer la formation du personnel sur les normes relatives aux droits de l’homme. Bien que Maurice ait pris d’importants engagements juridiques, les personnes handicapées continuent de se heurter à des obstacles à leur pleine participation. L’accessibilité physique des bâtiments publics, des transports et des écoles demeure inégale. L’éducation inclusive est entravée par une formation insuffisante des enseignants tandis que les possibilités d’emploi sont souvent insuffisantes.

Le choix de la langue d’enseignement est devenu un enjeu majeur en matière de droits humains. La Commission souligne que les élèves dont la langue maternelle est le créole rencontrent des difficultés lorsque l’enseignement repose principalement sur l’anglais ou le français. Un manque d’adéquation entre la langue d’enseignement et les évaluations compromet les résultats d’apprentissage et l’équité.

La Commission a recensé les préjudices liés à la violence fondée sur le genre et a mis en lumière des tendances alarmantes en matière de féminicide et de violence conjugale grave. Trop de victimes renoncent encore à signaler les abus qu’elles subissent. De plus, les lacunes des services (centres d’hébergement, soutien psychologique spécialisé et aide juridique) laissent de nombreuses victimes sans protection efficace. La réduction de la récidive exige des parcours de réinsertion solides. Le rapport souligne les obstacles rencontrés par les anciens détenus : stigmatisation, formation professionnelle limitée, solutions de logement transitoire insuffisantes et soutien en santé mentale précaire.

Les préoccupations environnementales – érosion côtière, pollution et pressions sur les ressources – sont de plus en plus considérées comme des enjeux liés aux droits humains, affectant les moyens de subsistance et la santé. La NHRC recommande en particulier l’adoption de politiques environnementales qui intègrent les communautés affectées à la prise de décision.

Satyajit Boolell : «Nous devons être conformes aux Principes de Paris dans leur intégralité»

Contacté au téléphone pour un commentaire sur le dernier rapport de la NHRC, Satyajit Boolell, a affirmé qu’il est très important que la Commission soit indépendante vis-à-vis de l’État. «Nous demandons de revoir la dépendance de la Commission vis-à-vis de l’État. Nous devons avoir notre propre budget, nos propres moyens pour recruter des personnes. Nous devons être conformes aux Principes de Paris dans leur intégralité, pas seulement pour la NHRC, mais aussi pour d’autres institutions du pays qui agissement comme un chien de garde contre l’État, aux côtés du citoyen. Nous devons de plus en plus comprendre et accepter que les droits du citoyen sont bien ancrés dans un contexte démocratique.»

Les Principes de Paris

Les Principes de Paris, adoptés par l’ONU en 1993, définissent les normes minimales pour le statut et le fonctionnement des Institutions Nationales des Droits de l’Homme (INDH). Ils exigent des INDH qu’elles soient indépendantes du gouvernement, pluralistes, dotées d’un mandat large (constitutionnel ou législatif) et de ressources adéquates pour promouvoir et protéger efficacement les droits humains.

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