Est de la RDC: malgré sa montée en puissance, le M23 face à des faiblesses internes, estime le GEC

Le Groupe d’étude sur le Congo (GEC), a publié ce vendredi 3 avril 2026 un rapport sur le Mouvement du 23 mars, le M23, né en 2012 et défait l’année suivante. Dans ce rapport de 36 pages qui décortique le retour du M23, ses objectifs, ses alliances et ses tensions internes, le GEC est revenu sur l’expansion en taille et en territoires occupés par le M23, malgré des faiblesses documentées sur le plan militaire. Dans son rapport, le GEC appelle aussi à ne pas confondre les objectifs du M23 et ceux de son soutien rwandais.
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Lorsque, en 2017, Sultani Makenga (actuel chef de l’AFC/M23, NDLR) reprend le maquis dans l’est de la RDC, il est accompagné par quelques officiers issus de la rébellion du M23, vaincue quelques années plus tôt. Quatre ans plus tard, il ne sont encore que quelques 200 combattants en provenance des camps d’Ouganda. Son retour en grâce auprès de Kigali au début des années 2000 va changer la donne, selon le rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), publié ce jeudi 2 avril 2026.
L’expansion territoriale du M23 est alors exponentielle, et passe de quelques km² à l’époque à plus de 10 000 km² fin 2025. Pour occuper et contrôler tout cet espace, il faut des hommes. La rébellion va alors recruter à tour de bras : de 5 000 combattants début 2025, leur nombre serait désormais estimé à 38 000 au début de l’année 2026 selon des diplomates cités par le rapport du GEC.
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Des troupes plus nombreuses, mais « peu entraînées et démoralisées »
Mais, toujours selon le Groupe d’étude sur le Congo, ces troupes du M23 sont « peu entraînées et démoralisées », et une bonne partie des effectifs ont été enrôlés de force. Ce qui explique, d’après le rapport, un « taux élevé de désertion », des « châtiments inhumains » et autres « exécutions sommaires » notamment pour des refus d’obéissance.
Alors malgré cette montée en puissance qui a fait du M23 une force incontournable dans l’est de la RDC, ses faiblesses internes sont telles qu’il a fallu, à chaque fois, une intervention décisive de l’armée du Rwanda lors des offensives majeures, comme celles qui ont conduit à la prise de Goma ou de Bukavu début 2025.
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Les ambitions du M23 ont évolué
Dans son rapport, le GEC analyse également les objectifs du mouvement M23, et appelle à ne pas les confondre avec ceux de son soutien rwandais. Il rappelle qu’au départ, le M23 a repris les armes pour un motif très simple : obtenir la mise en application de l’accord signé entre Kinshasa et son prédécesseur, la rébellion du CNDP, et qui n’a jamais été mis en application par Kinshasa.
Cet accord du 23 mars 2009 entre le CNDP et le gouvernement, dont la rébellion porte le nom (Mouvement du 23 Mars, M23, NDLR) exige la libération des prisonniers, une amnistie pour les combattants du M23, et le retour des réfugiés Tutsi.
Mais les ambitions du mouvement ont fini par grandir, au fil de son expansion territoriale, selon le GEC. Le M23 a d’abord essayé de gommer son image de proxy rwandais en se liant à l’Alliance fleuve Congo de Corneille Naanga, avant de recruter massivement.
Des tensions existent entre l’AFC/M23 et Kigali
L’AFC/M23 s’est également allié à des groupes armés dans les deux Kivu, a mis en place « une administration parallèle », services de renseignement, douanes, administrateurs territoriaux et chefs coutumiers… Une toile qui lui permet de tout contrôler notamment les mines.
Le rapport de la GEC prévient cependant: des tensions existent entre le Rwanda et l’AFC/M23 car Kigali n’est pas aligné sur les objectifs de l’AFC/M23, qui lui a permis de se créer une zone tampon pour protéger ses intérêts sécuritaires ou encore piller les ressources minières de l’est du Congo.
Alors que le processus de paix de Doha avec Kinshasa est au point-mort aujourd’hui, le GEC estime qu’ « il est clair qu’une solution militaire est impossible ».
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