Burkina Faso: comment l’armée, ses supplétifs et des jihadistes ont tué plus de 1800 civils depuis 2023, selon HRW

Plus de 1 800 civils tués au Burkina Faso entre 2023 et 2025, c’est le chiffre choc qui ressort d’un rapport édifiant publié ce 2 avril 2026 : intitulé « Personne ne pourra s’échapper », ce rapport implacable de l’ONG Human Rights Watch (HRW) documente sur 250 pages les exactions perpétrées par les jihadistes du Jnim, mais aussi par les forces gouvernementales. « Personne ne pourra s’échapper », ce sont aussi les mots menaçants prononcés par le président de la transition burkinabè, Ibrahim Traoré.
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Le Burkina Faso est meurtri par les attaques des jihadistes auxquelles répondent d’autres exactions commises par l’armée, avec, au centre, les populations peules qui en paient le prix fort.
Ce document extrêmement détaillé de Human Rights Watch (HRW) note que pas moins de 1 800 civils ont été tués entre 2023 et 2025 lors d’exactions commises par les jihadistes du Jnim, mais aussi par l’armée burkinabè et ses supplétifs des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
Dans ce dernier cas, les forces régulières justifient leurs mortelles répressions sur les populations par des soupçons de complicité des habitants peuls avec les terroristes du Jnim. Ainsi, en mars 2025, dans des campements de Solenzo, à l’ouest du Faso, au moins 58 civils ont été abattus par les VDP et les forces armées, comme en témoigne un survivant : « Quand on a compris que la patrouille arrivait, on a tous essayé de fuir, mais ils nous ont rattrapés à la sortie de Solenzo et du coup, l’armée et les VDP ont tiré sur tout le monde. Il y a eu plus de 100 personnes tuées, des hommes, des femmes et des enfants. Moi, j’ai perdu 7 membres de ma famille, dont mon grand frère, mon père de 80 ans, ma mère et deux cousins. Maintenant, je vis avec 10 veuves de ce massacre et leurs enfants. »
« Un nettoyage ethnique de la population peule »
Des témoignages de ce genre, le rapport en compte des centaines. Les civils sont pris entre le marteau terroriste des jihadistes et l’enclume répressive des militaires. Pour l’ONG, les crimes de guerre ou contre l’humanité sont caractérisés, ainsi que le ciblage ethnique contre les Peuls.
Jean-Baptiste Gallopin, conseiller principal pour la division crises et conflits de Human Rights Watch, souligne : « Nous avons également conclu que les forces gouvernementales et les milices VDP commettaient un nettoyage ethnique de la population peule du Burkina Faso. Les victimes ne sont pas en position de porter plainte et d’obtenir justice au Burkina Faso puisqu’elles sont terrorisées. Elles n’ont pas confiance dans le système judiciaire. Et dans quelques cas de familles de victimes qui portaient plainte, non seulement celles-ci ont été menacées, mais même les magistrats qui enquêtaient sur cette affaire ont subi des représailles. Notamment l’un d’entre eux, qui enquêtait sur des meurtres de civils peuls, s’est retrouvé enrôlé de force dans l’armée burkinabè et envoyé au front ! »
Pas de justice possible au Burkina Faso. Aussi, Human Rights Watch en appelle désormais à la justice internationale.
« Ces violations se sont intensifiées avec l’arrivée des régimes militaires »
Binta Sidibé-Gascon, dont la famille peule a elle aussi fait les frais de ce nettoyage ethnique, est la présidente de l’Observatoire Kisal. Elle salue la qualité de ce travail de HRW : « Ce rapport, c’est un travail qui est nécessaire. Un travail de documentation qui est important pour les familles, les victimes, les rescapés. Toutes ces violations des droits humains au niveau du Burkina Faso, elles sont récurrentes depuis ces dernières années, mais il faut dire qu’elles se sont aussi intensifiées avec l’arrivée des régimes militaires. Et notre souhait aujourd’hui, c’est qu’on puisse aller au-delà de la documentation, c’est-à-dire vraiment « judiciariser » tous ces cas emblématiques ».
Judiciariser, c’est-à-dire réussir à obtenir de la Cour pénale internationale (CPI) qu’elle ouvre, suite à ces atrocités, un examen préliminaire sur les crimes commis par tous les camps. C’est ce que réclame Human Rights Watch.
En attendant, l’ONG préconise une enquête impartiale contre le capitaine Ibrahim Traoré, dirigeant du Burkina Faso, au titre de sa responsabilité de commandant des armées. Il en va de même pour le jihadiste Iyad Ag Ghaly et ses subordonnés au Faso, les frères Ousmane et Jafar Dicko.



