Sénégal: une exposition photo en pleine rue rend hommage aux Dakaroises des années 1960

Dakar se remet à l’heure glorieuse des studios photos : depuis une semaine, 22 œuvres du photographe Roger Da Silva, béninois d’origine, sont visibles dans la capitale sénégalaise. Sur les murs de l’Institut français mais aussi dans les bâtiments d’une compagnie d’assurance, l’exposition Dakaroises met à l’honneur des figures féminines au début des années 1960. Des portraits géants qui racontent le Sénégal juste avant et juste après l’indépendance.
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Avec notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff
Sur un grand mur, dans le tumulte du quartier du Plateau, Mlle Berthe sourit aux passants. Sur 2 mètres de haut et 2 mètres de large, à côté d’elle, trois sœurs endimanchées, en boubous et de jolis turbans sur la tête. Leurs portraits en noir et blanc, qui datent du début des années 1960, se sont invités depuis quelques jours sur les murs de l’Institut français de Dakar.
Objectif : « Mettre l’art dans la rue, le rendre accessible à tous, lance Ken Aïcha Sy, commissaire de l’exposition. Nous voulons être sur des questions de patrimoine et de mémoire tout en pouvant créer un dialogue avec toutes les générations », ajoute-t-elle.
Car ces portraits, signés Roger Da Silva, datent du début des années 1960. Le Béninois s’installe alors à Dakar après avoir pris ses premiers clichés de blessés pendant la Seconde Guerre mondiale. À la veille de l’indépendance, il capture cette période pleine d’optimisme, comme se souvient Luc Da Silva, son fils : « Les photos de mon père, c’est toute une époque révolue. On était en plein développement et le Sénégal courait vers son indépendance. C’était un moment festif et très important. »
Une gaieté qu’on retrouve dans les 22 photos exposées à Dakar, comme ces deux amies, Miriame et Annie, assises sur le capot d’une voiture rutilante dans de jolies robes d’été, en 1962, ou cette femme, cheveux courts et lunettes de soleil, assise sur une vespa.
« Ce fonds a toute sa place à côté des grands noms de la photo du milieu du XXe siècle »
Ces clichés méritent d’être ressortis des cartons, selon Ken Aïcha Sy. « Le travail de Roger Da Silva est méconnu ou très peu connu, souligne-t-elle. Ce fonds est quand même constitué de 75 000 photos. C’est énorme et il a toute sa place à côté des grands noms de la photographie du milieu du siècle. »
L’historienne sénégalaise Penda Mbow insiste, elle, sur l’apport historique que représente ce fonds de Roger Da Silva et le rôle des studios photographiques à partir des années 1950, pour constituer des archives : « Le studio était le prolongement de la société parce que tout événement, toute cérémonie, se terminait au studio du photographe. Que ce soit aujourd’hui où l’on parle de Roger Da Silva comme on aurait pu parler de Salla Casset sur l’avenue Blaise Diagne ou de Mix Gueye ici à la rue Joseph Gomis. Ils étaient connus, intégrés et la photographie complète ce qu’on a vu à travers la littérature et ce qu’il y a aussi dans les films. Parce que quand on voit Borom Sarret d’Ousmane Sembène [écrivain, réalisateur et scénariste sénégalais distingué dans plusieurs festivals prestigieux, NDLR] dans les années 1960, on voit justement le reflet de la société sénégalaise. »
Penda Mbow poursuit : « C’est une société bigarrée, avec des groupes ethniques : on a l’européenne, la sénégalaise pure, la libanaise, l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (AOF) où toutes les élites de la sous-région se retrouvaient. On voit toutes ces figures dans la photothèque de Roger Da Silva. »
Des milliers de photos, exposées une première fois à Paris en 2019, que Luc Da Silva compte bien continuer à exhumer, avec une série de clichés sur les cercles du pouvoir ou encore les enfants.
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