El Niño est de retour: quelles seront les conséquences en Afrique?

« L’enfant terrible du Pacifique », comme on le surnomme, est de retour : le phénomène climatique El Niño devrait se former pendant les mois d’été et persister jusqu’à la fin de 2026, voire plus longtemps, avec une chance sur trois de devenir fort durant les mois d’hiver, selon la NOAA, l’agence américaine d’étude de l’atmosphère et de l’océan. Canicules, sécheresses ou inondations, El Niño entraîne des évènements météo mondiaux.

El Niño est un phénomène naturel qui a lieu tous les deux à sept ans et qui dure plusieurs mois. Normalement, au-dessus du Pacifique au large de l’Amérique latine, les vents dominants font remonter des eaux froides en surface de l’océan, ce qui rafraîchit l’atmosphère. Mais de temps en temps, ces vents s’affaiblissent. L’eau est donc plus chaude dans cette région et l’atmosphère aussi. Les pêcheurs péruviens l’ont constaté depuis longtemps et ont appelé ce phénomène El Niño, « l’enfant » en espagnol, en référence à Jésus car le phénomène est le plus fort vers la fin de l’année, date officielle de l’arrivée de l’enfant Jésus, dans la croyance chrétienne.

El Niño n’a pas que des effets dans la région. Ce réchauffement de l’atmosphère de quelques dixièmes de degrés va bousculer le climat planétaire. On s’attend à des sécheresses en Australie et en Asie du Sud-Est ou à des inondations en Amérique du Nord.

Sécheresses et inondations en Afrique

En Afrique, en général, une forte sécheresse sévit dans le sud du continent, dans des pays comme le Mozambique, le Zimbabwe ou l’Afrique du Sud. L’Afrique de l’Ouest peut également, dans une moindre mesure, être touchée. Lors du dernier El Niño en 2024, ces sécheresses ont entraîné « des pertes de récoltes et des problèmes de malnutrition et d’insécurité alimentaire pour des millions de personnes », rappelle Benjamin Sultan, climatologue à l’Institut de recherche sur le développement (IRD). L’Organisation mondiale de la météorologie (OMM) note que « les rendements céréaliers globaux en Afrique australe ont été inférieurs de 16 % à la moyenne sur cinq ans – et, dans le cas de la Zambie et du Zimbabwe, de 43 % et 50 % respectivement. Les faibles niveaux d’eau et la faible production hydroélectrique du lac Kariba, le plus grand réservoir artificiel d’Afrique qui se situe entre les deux pays, ont provoqué des coupures d’électricité prolongées et des perturbations économiques ».

En Afrique de l’Est, au contraire, El Niño provoque de fortes pluies. En 2024, « des pluies exceptionnellement abondantes et prolongées de mars à mai ont provoqué de graves inondations au Kenya, en Tanzanie et au Burundi », relate l’OMM. Il y a deux ans en Éthiopie, dans la région de Somali, « il s’est mis à pleuvoir très fort, c’était incontrôlable, et la maison s’est effondrée sur nous. Des voisins sont venus nous secourir », témoignait un homme au micro de RFI. « Je plantais beaucoup de choses, du maïs, de la papaye, des bananes… beaucoup de nourriture. Mais il ne reste plus rien des arbres, juste le tronc », se désole un autre habitant. « On utilisait des sacs de terre pour retenir l’eau. Mais au bout de 20 jours, ce n’était plus possible de garder le contrôle, et tout a été emporté. On a retrouvé dans l’eau quatre corps de personnes âgées et beaucoup d’animaux sont morts aussi ».

Selon l’OMM, « des centaines de personnes ont perdu la vie et plus de 700 000 ont été touchées ». Au niveau sanitaire, l’humidité favorise aussi le développement des moustiques qui transmettent le paludisme.

El Niño s’ajoute au réchauffement climatique

Le continent est particulièrement vulnérable, les scientifiques du GIEC estiment que les évènements climatiques extrêmes font 15 fois plus de victimes dans les pays en développement que dans les pays riches. Surtout, El Niño s’additionne au changement climatique d’origine humaine, lui, explique Benjamin Sultan. « Dans un monde qui va être plus chaud, avec El Niño, il va faire encore plus chaud, donc on pourra trouver des températures à des niveaux très extrêmes, peut être insupportables pour certaines plantes, certains animaux, voire les hommes ». L’année 2024 a ainsi été la plus chaude jamais enregistrée. La moyenne des températures mondiales a dépassé pour la première fois 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, le seuil critique fixé par l’Accord de Paris pour lutter contre le changement climatique.

« De la même manière, si on a des pluies qui sont plus intenses avec le réchauffement climatique et des sécheresses qui seront plus sévères, là, ça sera d’autant plus intense, d’autant plus sévère si on est pendant un épisode El Niño. Il aggrave finalement les impacts, menace les ressources en eau, l’économie, les infrastructures, la sécurité alimentaire, la santé en Afrique », résume le climatologue.

Alors pour éviter le pire, même si on ne connait pas encore l’ampleur du prochain El Niño, les pays peuvent se préparer, mettre en place des systèmes d’alerte, faire des stocks de médicaments ou de denrées par exemple.

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