Ile Maurice: Judo et badminton – Deux crises, deux approches… et des questions

Au Parlement mardi dernier, les dossiers du judo et du badminton mauriciens ont mis en lumière une réalité troublante. Deux disciplines confrontées à des conflits internes, mais une réponse du ministre de la Jeunesse et des Sports qui diffère sensiblement selon les cas. Interpellé par le député Franco Quirin, le ministre Deven Nagalingum a été amené à s’exprimer sur ces deux situations sensibles, révélant une ligne d’action contrastée.

Judo : Respect strict de l’autonomie

Dans le cas de la Fédération mauricienne de judo (FMJ), le ministre a d’emblée rappelé un principe fondamental : les fédérations nationales sont des instances autonomes, et les décisions relatives à l’affiliation des clubs relèvent exclusivement de leur gestion interne. À ce titre, il a estimé qu’une intervention directe du ministère ne serait pas appropriée.

Pourtant, le dossier de l’affiliation de certains clubs continue de susciter débats et frustrations depuis plusieurs années. Depuis janvier 2025, trois réunions de réconciliation ont été organisées sous l’égide du ministère entre les clubs contestataires et la fédération, sans aboutir à un consensus.


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Une avancée notable est intervenue en septembre 2025, lorsque la fédération a accepté de formaliser et de finaliser les critères d’affiliation, permettant un processus plus structuré et transparent.

Le ministre a également rectifié certains chiffres : 13 clubs, et non 18, ont soumis une demande d’affiliation. Parmi eux, six ont été officiellement reconnus.

Toutefois, plusieurs dossiers restent en suspens. Certains clubs n’ont pas satisfait aux critères établis, tandis que le principal point de blocage demeure celui du Cassis Fraternel Judo Club, dont la demande d’affiliation a été rejetée par l’assemblée générale de la fédération.

Dans ce contexte, il a été révélé que ce club avait saisi le Tribunal d’Arbitrage du Sport, avant de retirer sa plainte le 31 juillet 2025.

Malgré ces tensions persistantes, le ministre considère les progrès réalisés comme positifs et affirme continuer à suivre la situation de près. Il a d’ailleurs encouragé la fédération à accompagner les clubs non-affiliés afin qu’ils puissent, à terme, satisfaire aux critères requis.

Ce dossier illustre un enjeu majeur du sport mauricien : trouver le juste équilibre entre le respect de l’autonomie des fédérations et la nécessité d’assurer des opportunités équitables à tous les athlètes.

Badminton : Une intervention plus directe

À l’inverse, dans le dossier de l’Association mauricienne de badminton (AMB), le ministère a opté pour une approche beaucoup plus interventionniste. Le 10 mars 2026, le comité directeur de l’AMB a été dissous. Une décision que le ministre a justifiée par «une période prolongée d’instabilité dans la gouvernance», marquée par des défaillances ainsi que par de nombreuses plaintes d’athlètes, de parents et d’anciens membres.

Contrairement au cas du judo, le ministère a invoqué ici sa responsabilité de garantir la bonne gouvernance, la transparence, la responsabilité et la protection des sportifs, estimant qu’une intervention était nécessaire dans l’intérêt général.

S’appuyant sur la section 9(9)(c)(ii) de la Sports Act 2016, des consultations ont, selon les dires du ministre, été engagées avec le Comité olympique mauricien (COM) en vue de la mise en place d’un comité provisoire.

Le ministre a également rencontré le président du COM le 18 mars 2026. Ce dernier a indiqué, dans une correspondance datée du même jour, qu’un comité exécutif d’urgence avait été convoqué et que le dossier avait été transmis au département juridique du Comité international olympique (CIO) pour avis.

Par ailleurs, des échanges ont été établis avec la Badminton World Federation (BWF), dont l’AMB est membre. L’instance internationale a demandé au ministère de lui fournir les motifs détaillés de la dissolution, rappelant que si ses statuts protègent les associations contre l’ingérence gouvernementale, certaines interventions peuvent être tolérées pour remettre de l’ordre.

Le ministre a assuré vouloir travailler avec toutes les parties afin de rétablir la stabilité et garantir une transition harmonieuse.

Une différence d’approche qui interroge

C’est précisément cette différence de traitement qui suscite aujourd’hui des interrogations. Dans le dossier du judo, malgré un conflit persistant et des clubs laissés en marge, le ministère s’est refusé à intervenir directement, invoquant l’autonomie des fédérations.

Dans celui du badminton, confronté lui aussi à des tensions internes et à des plaintes répétées, il a au contraire choisi la voie forte en procédant à la dissolution du comité directeur.

Lors des échanges parlementaires, Franco Quirin a d’ailleurs soulevé une autre zone d’ombre : l’absence totale de consultation préalable avec l’Association mauricienne de badminton avant la dissolution. Le ministre a confirmé qu’aucune rencontre n’avait eu lieu, estimant que les éléments à charge suffisaient pour agir. Une position qui contraste avec les tentatives de média- tion entreprises dans le cas du judo.

Au final, ces deux dossiers posent une question centrale pour le sport mauricien : jusqu’où faut-il respecter l’autonomie des fédérations, et à partir de quand l’État doit-il intervenir ?

Entre accompagnement prudent dans le judo et action radicale dans le badminton, la ligne du ministère apparaît aujourd’hui difficile à cerner.

Pour les acteurs du sport, une clarification des critères d’intervention pourrait s’avérer essentielle, afin de garantir une gouvernance cohérente, équitable et comprise par tous.

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