Justice à Madagascar: faute de moyens, de nombreux mineurs toujours placés en détention

Magistrats, responsables du ministère de la Justice, associations… À Madagascar, un séminaire national vient de réunir, durant trois jours, dans la capitale, Antananarivo, les acteurs de la justice des mineurs.

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Avec notre correspondant à Antananarivo, Guilhem Fabry

Au moins un tiers des jeunes reconnus coupables d’infractions ou en attente d’un procès sont placés en détention, selon les données officielles. La Convention internationale des droits de l’enfant – ratifiée par Madagascar – prévoit pourtant que l’incarcération n’intervienne qu’en « dernier recours ». Parmi les causes avancées figure celle du manque de ressources humaines pour faire appliquer les peines alternatives.

Environ un millier de mineurs en détention

Ainsi, environ un millier de mineurs âgés de 13 à 18 ans sont détenus à Madagascar, principalement de façon préventive en attendant leur jugement. D’autres peines sont pourtant prévues dans la loi malgache comme la liberté surveillée ou l’accomplissement de services pour la communauté, comme le souligne Ève Rakotondrasoa, responsable nationale de l’association Grandir dignement.

« On remarque que le pourcentage de mise en détention – parmi les enfants qui sont déférés au tribunal, dans les régions où on intervient comme Boeny, Diana, Sava et Analamanga – reste majoritaire par rapport au prononcé d’autres alternatives à la détention », indique Ève Rakotondrasoa, avant d’expliquer que « l’une des manières les plus efficaces de lutter contre la récidive, ce n’est pas la détention mais l’accompagnement éducatif des enfants avec des travailleurs sociaux, des psychologues, des professionnels de l’Éducation. C’est leur permettre aussi de mettre du sens à l’acte commis, de découvrir leur potentiel, de reconstruire leur image de soi, leur confiance en eux, de rebondir vers l’avenir, là où la détention, sur ces aspects-là, est plutôt destructrice ».

Ève Rakotondrasoa ajoute qu’il « est difficile pour un enfant de devenir citoyen après un passage en détention où, finalement, on l’exclut de la société et on ne lui apprend pas à devenir acteur. »

Des mesures alternatives qui tardent à se mettre en place

De son côté, Vololoniaina Rakotonirina, magistrate référente enfant auprès du ministère de la Justice, indique que 33% des enfants en conflit avec la loi sont détenus à l’échelle nationale et que ce taux a fortement baissé, depuis deux ans.

« Si on prend la mesure de liberté surveillée, ce qui empêche principalement les magistrats, c’est la disponibilité d’un éducateur. Le manque de ressources humaines empêche la mise en application de ces mesures alternatives. C’est l’un des objectifs du ministère de la Justice d’avoir à sa disposition des travailleurs sociaux qui puissent être affectés dans tous les tribunaux de Madagascar, mais ce sera encore un long cheminement », déclare Vololoniaina Rakotonirina.

Pour l’une des magistrates présentes au séminaire, c’est aussi la peur d’être accusés de corruption qui pousse certains juges à choisir la détention plutôt que les peines alternatives.

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