Dans l’est de la RDC, il est de plus en plus difficile d'exercer le métier de journaliste

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a publié, ce jeudi 26 mars, un rapport sur la pratique du journalisme dans la région des Grands Lacs. Burundi, Rwanda, RDC, Ouganda, Kenya, Tanzanie… Dans tous ces pays le constat est le même : il est devenu de plus en plus difficile et dangereux d’y exercer le métier de journaliste. Journalistes arrêtés et battus lors d’élections en Ouganda, en Tanzanie, ou bien incarcérés pour leur couverture jugée trop critique envers le régime comme au Rwanda et au Burundi. Et l’est de la RDC reste l’endroit où le journalisme paie le plus lourd tribut à la guerre.
Cinq journalistes tués, cinq disparus, 155 détenus ou pris en otages ces cinq dernières années… L’est de la RDC reste l’épicentre des violences contre les journalistes dans la région, affirme Reporters sans frontières. Depuis la prise des villes de Goma et Bukavu par le groupe armé de l’AFC/M23 il y a un an, informé de manière indépendante depuis la région, est devenu presque impossible, note Jeanne Lagarde co-autrice du rapport de de RSF. « Une formule qui revient beaucoup, c’est que les reporters sont pris entre le marteau du M23 et l’enclume des forces armées de la RDC. Depuis la prise de Goma, au moins huit journalistes ont été détenus pendant plusieurs jours dans les anciens bureaux de l’ANR, qui est surnommée « la prison Chien méchant ». On a aussi beaucoup de journalistes qui ont été victimes de menaces. C’est le cas d’un journaliste de Debout RDC, Amisi Musada, qui a été enlevé le 15 avril de l’année dernière, retrouvé quelques jours plus tard dans un état assez préoccupant ».
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« Il s’agit d’une politique bien ficelée de contrôler les narratifs que les médias donnent »
Les radios communautaires sont en première ligne, note RSF, pillées, détruites. 33 d’entre elles ont été suspendues en un an, souvent pour avoir refusé une ligne éditoriale imposée par les autorités ou les groupes armés, témoigne cet ancien journaliste de Goma, qui préfère garder l’anonymat. « Par exemple, il y a eu les examens de fin de cycle primaire pour les élèves et les examens d’État qui étaient pris en charge par le gouvernement de Kinshasa. La rébellion disait qu’il ne faut pas dire ça. Il faut dire que grâce à leur bonne gouvernance, les élèves seraient en train de bénéficier d’une éducation. Il s’agit d’une politique bien ficelée de contrôler les narratifs que les médias donnent ».
Les médias constamment pris à partie
Selon lui, une cinquantaine de ses confrères a quitté la région en un an. Plus au nord, la province de l’Ituri reste une des zones les plus dangereuses du pays pour les journalistes, note RSF. Avec la multiplication des groupes armés dans la province, les médias sont constamment pris à partie, déplore ce journaliste de Bunia, qui, lui aussi, préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité. « Il y a la guerre un peu partout à travers la province de l’Ituri. Et donc du coup, ça fait que nous sommes comme la cible parce que nous nous sommes un peu au centre. D’un côté, il y a le gouvernement, de l’autre côté, il y a les belligérants. Balancer une information de l’attaque liée à une autre communauté, les autres la voient directement comme des ennemis ».
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Violence liée au conflit, mais également violence politique. Sur les dix dernières années, RSF a comptabilisé plus de 250 arrestations de journalistes dans le pays, explique Jeanne Lagarde. « La majeure partie des provinces sont concernées, avec beaucoup de condamnations, d’arrestations, de détentions, qui viennent notamment de la part des gouverneurs de province. On pouvait citer la longue détention de Stanis Bujakera Tshiamala, arrêté en septembre 2023 et maintenu en détention pendant six mois ».
À ces violences qui se sont intensifiées s’ajoute la précarité économique et un cadre juridique plus restrictif. Autant d’obstacles auxquels sont confrontés les journalistes congolais de plus en plus contraints à l’autocensure, conclut Reporters sans frontières.
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