Le combat de l’Afrique du Sud contre la fièvre aphteuse qui contamine le bétail

Les éleveurs sud-africains font face, depuis plusieurs mois, à une grande épidémie de fièvre aphteuse. Cette maladie sans traitement spécifique, non transmissible à l’humain, est très contagieuse pour le bétail, qui ne parvient plus à se nourrir à cause de blessures au niveau de la bouche et des sabots – d’où son nom en anglais, « foot and mouth disease ». Elle s’est déjà répandue dans toutes les provinces du pays et Pretoria a même déclaré l’état de catastrophe nationale. Les éleveurs subissent de plein fouet cette épidémie.
Avec notre correspondante à Johannesbourg,
C’est la deuxième fois en un an que cette ferme laitière, en banlieue de Johannesburg en Afrique du Sud, voit ses animaux contracter la fièvre aphteuse. Elle est désormais placée sous quarantaine. « Voici les vaches dont les pis sont touchés par l’infection. Donc elles sont traitées en dernier, puisqu’ensuite on doit jeter tout leur lait », explique Richard de Bufanos. Car les vaches malades sont sous antibiotiques pour éviter les infections secondaires : impossible donc de consommer leur lait. Le coût de l’épidémie est lourd pour l’exploitant. Entre les vaches qui sont mortes de la maladie et celles qui ont dû être euthanasiées, « nous pensons que nous aurons au total perdu environ 14% de notre troupeau ». Un manque à gagner très important : « Au niveau de notre ferme la moins touchée, la production s’est effondrée de 40%, et dans d’autres, jusqu’à 70%. On estime avoir jeté plus d’un demi-million de litres de lait au plus fort de la crise. »
Le gouvernement tentait jusqu’à présent de contrôler les mouvements du bétail. Une stratégie inadaptée pour le pays et désormais une grande campagne de vaccination bat son plein. « Voici le produit, c’est celui importé d’Argentine. Nous allons injecter 2 mL par animal », décrit cette technicienne déployée par l’État.
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« On aurait pu éviter beaucoup de choses »
Le ministre de l’Agriculture, John Steenhuisen, supervise les opérations, comme ici dans la région du KwaZulu-Natal : « Nous opérons un changement à 180 degrés : au lieu de chasser la maladie à travers le pays, nous allons vacciner de façon proactive. Nous avons besoin de 28 millions de doses d’ici la fin de l’année. Et c’est pour cela que nous nous sommes organisés afin d’avoir un approvisionnement en dehors de notre fournisseur botswanais habituel. Nous allons avoir assez de vaccins pour traiter 14 millions d’animaux, et il faut ensuite un rappel, donc nous continuerons à en acquérir afin d’atteindre notre objectif d’immuniser 80% des troupeaux du pays et ainsi faire diminuer le nombre de contaminations de 70% ».
Mais il doit faire face à une grande colère, et la gestion de la crise l’a, entre autres, poussé à ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de son parti, l’Alliance Démocratique (DA). Beaucoup de fermiers comme Rob Strachan reprochent aux autorités de se réveiller trop tard. « Ma frustration vient du fait qu’on n’a pas arrêté de nous dire qu’il y a un plan, mais il n’a pas été mis en place jusqu’au moment où les fermiers ont été vraiment à bout. On aurait pu éviter beaucoup de choses », regrette-t-il. Certains pays, comme les voisins régionaux ou encore la Chine, ont bloqué les importations de viande bovine sud-africaine, pour empêcher une propagation de la maladie chez eux.
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