Madagascar: un rapport présente un état des lieux alarmant de la santé reproductive

Un rapport inédit de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), publié lundi 23 mars, présente un état des lieux alarmant en matière de santé reproductive sur la Grande Île. En vingt ans, la mortalité maternelle a faiblement reculé, tandis que les grossesses précoces continuent d’exploser : 143 grossesses pour 1 000 filles de 15 à 19 ans. Des indicateurs toujours au-dessus des moyennes africaines et mondiales.
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Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud
Près de 408 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, soit 40 fois plus que dans les pays occidentaux. C’est le ratio que Madagascar affiche depuis 2021 — un chiffre stable depuis dix ans. L’étude de l’OMS et de l’UNFPA, menée dans douze régions, identifie des causes précises : accouchements non assistés, grossesses non planifiées, contraception inaccessible, avortements clandestins. Un constat qui met en cause l’efficacité des politiques de santé reproductive menées jusque-là et qui appelle à des réformes historiques.
« L’avortement est interdit à Madagascar » rappelle Toky Rajoelina, directrice de la Santé familiale au ministère de la Santé, « toutefois, les centres hospitaliers et les centres de santé font face à des complications de l’avortement : 6% des admissions de femmes enceintes au niveau des centres hospitaliers sont des complications liées à l’avortement. »
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Seulement 43% des femmes mariées de 15 à 49 ans utilisent une méthode contraceptive moderne. Une donnée bien en deçà de l’objectif de 60% d’ici 2030. Chez les moins de 20 ans, ce taux chute à 38%.
Le rapport souligne des failles systémiques : ruptures de stock récurrentes de contraceptifs, manque de personnel qualifié, infrastructures déficientes… Certains centres de santé de district ne disposent que d’un seul lit d’accouchement. S’ajoutent des freins culturels, dont le refus conjugal, à l’origine de 80 à 90% des cas de contraception cachée.
« Notre combat est d’améliorer la disponibilité, mais également sensibiliser davantage pour que ces produits contraceptifs qui sont mis à la disposition soient vraiment utilisés », explique le docteur Maurice Ye, représentant de l’OMS à Madagascar.
Le rapport recommande de sécuriser la chaîne d’approvisionnement en contraceptifs, de renforcer l’éducation sexuelle à l’école, et d’ouvrir le débat sur l’avortement thérapeutique, une réforme légale réclamée par la majorité des soignants.
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