Sénégal: Controverse autour de dette publique du régime Diomaye-Sonko – Dakar riposte, mais le flou persiste

Dakar contre-attaque après les accusations d’opacité du Financial times Mis en cause par le quotidien économique britannique pour des emprunts conclus « en secret » via des « montages opaques », le ministère des Finances et du Budget a publié une mise au point afin de défendre la transparence de sa gestion de la dette. Une réponse techniquement argumentée, dont les lacunes chiffrées limitent toutefois la portée.

L’affaire a de quoi interpeller. Dans un article récent, le Financial Times a pointé des pratiques d’emprunt du Sénégal jugées peu lisibles, évoquant des opérations menées dans l’ombre et des mécanismes de financement difficiles à décrypter pour les observateurs extérieurs. En réaction, le ministère des Finances et du Budget a publié un communiqué destiné à dissiper ce qu’il qualifie de « confusion » et à réaffirmer la conformité de sa gestion de la dette publique.

Pour sa défense, l’État sénégalais avance un argument de fond : ses opérations de financement s’inscrivent dans la Stratégie de Gestion de la Dette à Moyen Terme (SDMT), un instrument technique standard conforme aux recommandations des institutions de Bretton Woods. Loin d’être improvisées, les émissions prévues pour 2025 relèvent, selon le ministère, d’une stratégie planifiée de diversification des instruments de financement, menée dans le strict respect du calendrier du Trésor et des plafonds fixés par les lois de finances.

Au cœur de la controverse figure le mécanisme des adjudications publiques de titres d’État en francs CFA, auxquelles participent des investisseurs étrangers via des opérations de change (une technique connue sous le nom de local currency bonds with FX swap), couramment utilisée pour attirer des capitaux internationaux sur les marchés obligataires régionaux. Dakar insiste : il s’agit là d’une pratique de marché ordinaire, sans caractère exceptionnel.


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La caution du FMI comme argument central

L’argument avancé par le gouvernement repose sur sa relation avec le Fonds monétaire international (FMI). Les autorités affirment que le plan de financement pour 2025 est régulièrement partagé avec l’institution, et que des échanges spécifiques ont porté sur ces mécanismes.

Le message implicite est clair. Dès lors que le gardien de l’orthodoxie budgétaire internationale est informé et n’a pas exprimé d’objection, les opérations sont réputées conformes. Le ton du communiqué, mesuré et dépourvu de toute attaque frontale contre le journal britannique, traduit une volonté de préserver la crédibilité du pays auprès des marchés financiers internationaux.

Une transparence proclamée, mais peu étayée

La démonstration se heurte néanmoins à une limite qui est l’absence de données chiffrées. Ni montants empruntés, ni dates d’émission, ni identification précise des instruments utilisés. En effet, le communiqué invoque la transparence sans en fournir les éléments tangibles.

Or, répondre à des accusations d’opacité par une simple déclaration d’intention, sans documentation à l’appui, laisse subsister le doute. Par ailleurs, la notion d’adjudications « publiques » mérite d’être nuancée. Si la régularité juridique des émissions ne semble pas en cause, l’interrogation soulevée par le Financial Times porte vraisemblablement sur leur accessibilité réelle : la capacité des acteurs non spécialisés, voire du grand public, à en prendre connaissance et à en comprendre les mécanismes. Sur ce point, le communiqué reste silencieux.

Un enjeu de cohérence politique

Cette mise au point intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye. Depuis leur arrivée au pouvoir en 2024, lui et le Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de la rupture avec les pratiques budgétaires passées un marqueur politique fort, dénonçant eux-mêmes des irrégularités héritées ayant conduit à une révision à la hausse du déficit public.

Se retrouver à leur tour sous le feu des critiques de la presse financière internationale pour des pratiques jugées peu transparentes constitue, dès lors, un test de cohérence politique difficile à éluder. Le communiqué tente de tracer une ligne de démarcation entre l’opacité d’hier et la transparence revendiquée d’aujourd’hui. Mais en l’absence de publication détaillée des échanges avec le FMI et de mise à disposition intégrale du plan de financement 2025, cette ligne apparaît, à ce stade, davantage affirmée que démontrée.

À l’heure où le Sénégal cherche à consolider sa crédibilité sur les marchés internationaux, la réponse la plus convaincante ne résiderait pas dans un communiqué, aussi soigné soit-il, mais dans une publication proactive, exhaustive et documentée de ses données de financement public.

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