Sénégal: polémique suscitée par un emprunt «secret» pour rembourser la dette

Au Sénégal, l’emprunt par les autorités de 650 millions d’euros, l’année dernière, via un instrument financier peu connu et particulièrement opaque fait polémique. Il s’agit de TRS ou Total Return Swaps. Si le gouvernement assure avoir effectué ces emprunts dans une logique de diversification des instruments financiers et de façon parfaitement légale, l’opposition et la société civile dénoncent un déficit de transparence.
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Le gouvernement assure avoir annoncé à l’Assemblée nationale que le Sénégal allait avoir recours au Total return swaps pour rembourser la dette estimée à près de 132% du Produit intérieur brut, rapporte notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff.
Insuffisant affirme le député non aligné Thierno Alassane Sall, selon lequel cet emprunt de 650 millions d’euros, contracté en mai et juin 2025, ne figure pas dans les lois des finances de 2025 et 2026. Pour Thierno Alassane Sall, au vu du montant et du risque qu’il comporte, il aurait dû être soumis à l’approbation des députés. « Quand on recourt à des emprunts aussi risqués, il est important d’informer clairement, totalement et en toute transparence la représentation nationale sur les risques, les avantages, les coûts d’un tel mécanisme, de manière à ce que l’Assemblée nationale puisse donner son avis et son autorisation en toute connaissance de cause ».
Risqué car le coût du TRS est presque deux fois plus élevé qu’un emprunt classique et les clauses de remboursement peu avantageuses pour le Sénégal. Ce manque de transparence budgétaire est également pointé du doigt par le think tank legs Africa. Ellimane Haby Kane le dirige. « Les procédures d’endettement sont encadrées par la loi de la transparence. Dans une situation d’opacité et d’inquiétude, il ne faut pas en rajouter dans des pratiques nébuleuses parce que ça ne fait qu’alourdir la charge psychologique des citoyens ».
Des outils coûteux et opaques
Résultat, les députés de l’opposition réclament un vrai débat à l’Assemblée nationale sur l’état des finances publiques et la viabilité de la stratégie d’endettement du Sénégal. Des outils jugés « problèmatiques » par des institutions comme la Banque mondiale. Ils sont coûteux pour l’emprunteur et particulièrement opaques.
le Total return swap est un produit bancaire qui permet aux investisseurs d’acheter de la dette sénégalaise. Pour éviter le défaut de paiement, Dakar a donc mobilisé l’année dernière près de 650 millions d’euros auprès notamment d’Africa finance corporation, une institution financière basée au Nigeria.
Principal inconviénient : le coût du TRS est élevé, quasiment deux fois plus qu’un emprunt classique sur le marché régional ouest africain par exemple. C’est un instrument parfaitement autorisé, mais particulièrement opaque, négocié en privé et qui peut ne pas apparaitre dans la dette publique et ça ce n’est pas bien vu au moment où Dakar souhaite relancer les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un plan de sauvetage. Abdoulaye Ndiaye, professeur d’économie à l’université de New York, s’en explique.
« FMI n’a pas hésité à montrer sa désaprobation quant à l’utilisation de ces produits dérivés qui sont plutôt opaques. Ces Total return swap sont considéré par le FMI comme de la dette extérieure. On se retrouve de moins en moins dans une situation où il y a une chance qu’il y ait au plus tôt un programme entre le Sénégal et le FMI, qui est très important pour relancer la confiance et les investissements étrangers ».
La confiance s’érode un peu plus. C’est le cercle vicieux qui pousse le Sénégal à emprunter à des conditions plus coûteuses et plus risquées. Les deux emprunts révélés par le Financial Times arrivent à échéance en 2028. Si le Sénégal devait connaitre un défaut de paiement avant cette date, ces TRS ne seraient pas honorés et Dakar s’exposerait à de lourdes pénalités financières.
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