Les œuvres gigantesques du ghanéen mondialement reconnu Ibrahim Mahama

Originaire de la ville de Tamale au nord du pays, le sculpteur et peintre multidisciplinaire ghanéen Ibrahim Mahama a été le premier artiste africain à figurer en tête du classement 2025 de la revue ArtReview, l’un des palmarès les plus prestigieux du monde artistique qui liste chaque année les cent artistes contemporains les plus influents de la planète. Une récompense notamment due à ses œuvres gigantesques exposées aux quatre coins du globe, et qui interrogent les héritages coloniaux, la mémoire collective ainsi que l’économie mondiale. Nous sommes allés à sa rencontre dans son studio construit dans sa ville natale, où l’artiste met un point d’honneur à partager ses œuvres avec ses compatriotes.
De notre correspondant de retour de Tamale,
Cheveux hirsutes et barbe imposante, Ibrahim Mahama déambule, l’air rêveur, dans une grande halle faite de briques d’argile rouge. Il y a près de six ans, il a ouvert le studio Red Clay, une dizaine de kilomètres carrés de terrain situés aux abords de la ville de Tamale.
Le visiteur qui pénètre dans l’une des nombreuses salles du complexe, lui, doit se préparer à lever les yeux vers le ciel pour pouvoir apprécier le gigantisme des œuvres exposées ici à l’image de ces deux murailles imposantes construites à partir de centaines de boîtes de cordonniers usagées récupérées à travers le Ghana.
« Cette œuvre s’appelle Non-Orientable Nkansa. J’étais vraiment intéressé par l’idée qu’un objet, aussi fragile soit-il, nous permette de réfléchir au concept de la réparation. Les assembler en un bâtiment imposant nous pousse à réfléchir à nos souvenirs, notre histoire », explique l’artiste.
Ses œuvres ont fait plusieurs fois le tour du monde
Diplômé en 2013 de l’université de Kumasi, au Ghana, Ibrahim Mahama se fait connaître dans le monde de l’art occidental à 28 ans lors de la Biennale de Venise de 2015.
Un grand nombre de ses œuvres ont fait plusieurs fois le tour du monde. Leur point de chute final, cependant, reste encore et toujours le studio Red Clay.
« On a beau être des artistes qui produisent avec des matériaux venus du Sud global, la plupart de ce travail finit dans des collections occidentales. Dans ce studio, nous essayons autant que possible de créer un environnement dans lequel les populations locales, en particulier les enfants, puissent repenser le monde à partir de nombreuses perspectives », souligne le sculpteur et peintre.
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L’artiste porte dans son travail des messages
Outre la redistribution des richesses et du savoir, le travail d’Ibrahim Mahama vise à dénoncer les travers de la mondialisation et l’accaparement des ressources par les anciennes puissances coloniales.
Un message que l’artiste transmet notamment en recouvrant des bâtiments entiers d’un assemblage de sacs en toile de jute, ceux-là même utilisés partout sur le globe pour transporter du cacao, du riz ou du charbon, ou encore en exposant ici, au studio Red Clay, de nombreuses carcasses de train.
« Que représentent ces objets dans notre histoire collective ? Ces trains, par exemple, que représentaient-ils à chaque fois qu’ils allaient dans les mines et qu’ils transportaient de l’or, de la bauxite ou du manganèse jusqu’au port, puis en dehors de notre pays ? » questionne Ibrahim Mahama.
Un cadre historique, qu’Ibrahim Mahama a dédié aux jeunes artistes ghanéens afin que ces derniers soient, demain, en maîtrise de leur propre récit.
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