Deux éleveurs mauritaniens tués au Mali dans des conditions encore floues

Deux éleveurs mauritaniens ont été tués au Mali vendredi 20 mars, a annoncé dans un communiqué l’armée mauritanienne. Le contexte est délicat : il y a une semaine, Bamako accusait la Mauritanie de permettre à des groupes terroristes de détenir des otages maliens sur son sol. Nouakchott avait démenti avec virulence, puis RFI avait démontré comment ces accusations étaient montées de toutes pièces. Depuis, Bamako et Nouakchott ont désamorcé le conflit et prôné une collaboration renforcée. Le nouveau communiqué de l’armée mauritanienne sur la mort de ses deux ressortissants au Mali, dans des conditions encore floues, pourrait à nouveau susciter des tensions, mais il semble que c’est l’effet inverse qui soit recherché.
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L’état-major mauritanien ne lance aucune accusation et indique d’emblée son objectif : « clarifier les faits » sur des « informations imprécises » ayant circulé pendant le weekend.
Selon le communiqué, trois éleveurs – donc des civils –, deux Mauritaniens et un Malien, ont été arrêtés vendredi dernier dans le village de Yakna, au Mali, à douze kilomètres de la frontière, avant d’être retrouvés morts. Ce village malien se situe dans le cercle de Yélimané, région de Kayes.
« Sécuriser chaque centimètre du territoire »
Alors que des rumeurs faisaient état de citoyens mauritaniens tués par l’armée malienne en Mauritanie, le communiqué dément donc toute incursion et précise même que « des unités » mauritaniennes sont « déployées tout au long » de la frontière, l’armée étant prête à « sécuriser chaque centimètre du territoire national ».
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Plusieurs sources locales assurent à RFI que c’est l’armée malienne qui a tué les trois bergers. Une source sécuritaire mauritanienne affirme même que les trois hommes ont été exécutés par balles et que leurs cadavres ont été retrouvés calcinés. Les deux Mauritaniens seraient originaires de la commune de Bagdad, région du Hodh el Gharbi.
« Une force armée »
Des informations que l’état-major mauritanien ne confirme pas, attribuant ces assassinats à « une force armée composée de cinq véhicules et de vingt motocyclettes ». Une formule floue qui ne désigne pas les forces maliennes, la description semblant même peu compatible avec celle d’une opération militaire classique. Pour autant, l’identité de cette « force armée », qui n’est pas non plus qualifiée de « groupe terroriste » ou « jihadiste », n’est pas précisée.
À ce stade, le ministère mauritanien des Affaires étrangères n’a pas souhaité commenter. Après les vives tensions de la semaine dernière, la diplomatie mauritanienne s’est efforcée de revenir à des échanges discrets et apaisés avec Bamako, pour défendre ses intérêts en évitant soigneusement tout conflit ouvert.
« Opération de recherche »
Sollicités par RFI, ni l’armée malienne, ni le ministère malien des Affaires étrangères n’ont donné suite. Dans un communiqué publié samedi (21 mars), l’armée malienne indiquait avoir mené du 14 au 21 mars « une opération de recherche » dans la région de Kayes, notamment dans la zone de Yélimané, où les corps des trois éleveurs mauritaniens et malien ont été retrouvés. L’armée malienne affirme qu’au cours de cette opération, des « refuges terroristes » ont été détruits et « une quarantaine » d' »ennemis » tués. Douze otages auraient également été libérés. Aucune allusion à des citoyens mauritaniens.
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