Afrique: Adaptation au climat – Un rapport pointe des exemples à suivre sur le continent

Le modèle de financement de l’adaptation aux changements climatiques mis en oeuvre au Bénin constitue un exemple que des experts recommandent à d’autres pays d’Afrique.
C’est l’un des enseignements du rapport intitulé « A comprehensive study on climate adaptation intervention in Africa », publié récemment par Global Health Strategies (GHS), en partenariat avec la Direction de l’environnement durable et de l’économie bleue de la Commission de l’Union africaine (UA).
En effet, face aux risques climatiques tels que les inondations fréquentes, les épisodes de sécheresse et l’érosion côtière -qui menacent directement la productivité agricole, la sécurité hydrique et les infrastructures- le pays s’est associé au Fonds d’équipement des Nations Unies (UNCDF) pour lancer en 2014 le mécanisme Local Climate Adaptive Living Facility (LoCAL).
« Ces trois exemples montrent que si les financements climatiques sont mieux canalisés à travers des mécanismes de transparence, de participation communautaire, ils peuvent avoir des impacts positifs significatifs sur le bien être des communautés »Justin Chekoua, FODER, Cameroun
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Ce mécanisme repose sur des subventions de résilience climatique fondées sur la performance (PBCRG). Elles sont intégrées aux systèmes budgétaires des administrations locales, avec pour objectif explicite d’accroître à la fois l’ampleur et l’impact du financement de l’adaptation au niveau local.
Plus concrètement, écrivent les auteurs du le rapport, « les PBCRG du programme LoCAL, gérés par le Fonds national pour l’environnement et le climat (FNEC) du Bénin, sont directement liés aux résultats obtenus en matière de transparence de la planification, d’inclusion des femmes et des jeunes, et de résultats concrets ».
« L’accréditation du FNEC par le Fonds vert pour le climat (FVC) a amélioré l’accès du Bénin aux fonds internationaux d’adaptation, le cofinancement de la Banque africaine de développement (BAD) et les contributions des collectivités locales soutenant l’extension du programme », ajoutent-ils.
En 2022, plus de neuf millions de dollars américains de subventions du Fonds vert pour le climat (GCF) ont ainsi permis au Bénin d’étendre le programme LoCAL de neuf communes initiales à 34 communes, couvrant environ 2,7 millions de résidents dans des zones fortement exposées aux risques climatiques.
Les actions clé d’adaptation initiées dans le cadre du mécanisme LoCAL ont porté sur la construction d’infrastructures de protection contre les inondations dans les zones vulnérables, l’introduction de variétés de cultures résistantes à la sécheresse et de systèmes d’irrigation afin de renforcer la résilience agricole.
Mais aussi le déploiement d’un Système local d’information pour l’adaptation (LISA), une plateforme numérique permettant l’évaluation en temps réel des risques climatiques et la planification locale participative.
Parmi les résultat enregistrés, la rapport constate une réduction de l’ordre de 20 % des pertes économiques liées aux inondations et une augmentation de 15 à 25 % des rendements agricoles, « grâce à des investissements ciblés dans l’adaptation ».
Innovation majeure
La mise en oeuvre de ce programme au Bénin ne laisse pas les experts indifférents. C’est le cas de Nadine Omonlola Worou, coordinatrice scientifique à l’International Livestock Research Institute (ILRI), un centre de recherche du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR).
Pour cette dernière, la problématique qui y [au Bénin] est présentée est majeure. « Les projets sont structurellement imbriqués dans les politiques nationales de planification. C’est un exemple très convenable en termes de réplication », dit-elle.
Idem pour Justin Chekoua, chargé des programmes à Forêts et développement rural (FODER), une association écologiste à but non lucratif, ayant déjà mené des initiatives visant à accompagner les femmes rurales dans l’adoption des pratiques d’adaptation aux changements climatiques au Cameroun.
A l’en croire, le cas du Bénin montre qu’un mécanisme local intégré au budget national peut produire des résultats mesurables, citant notamment la réduction des pertes liées aux inondations et l’amélioration des rendements agricoles.
« Ce modèle démontre qu’une bonne gouvernance financière peut transformer les finances climatiques en résultats tangibles », soutient l’expert.
Quant à Joseph Magloire Olinga, expert en action climatique locale et chercheur au sein du laboratoire d’idées « The Okwelians », il affirme que le modèle du Bénin est exemplaire pour son intégration dans les systèmes fiscaux nationaux. Ce qui constitue pour lui « une innovation majeure ».
Selon les explications d’Emmanuel Siakilo, conseiller principal en adaptation au changement climatique et en résilience auprès de la Commission de l’UA, la rédaction de ce rapport a été motivée par la nécessité de déterminer quelles interventions d’adaptation fonctionnent sur le continent.
« L’action climatique doit être adaptée au contexte, même si cela nécessite un effort global pour le gérer. Nous avons des partenaires au développement, une communauté internationale qui nous apportent des ressources, mais s’ils apportent ces ressources aujourd’hui, ou est-ce que nous allons investir cet argent ? Nous ne voulons pas avancer à l’aveuglette », explique-t-il.
« Nous voulions être très précis quant à l’affectation des fonds destinés à l’adaptation, ce qui fonctionne et ce qui fonctionnera si nous voulons passer à l’échelle supérieure afin que les communautés commencent à percevoir les bénéfices de ces ressources pour l’adaptation », fait-il savoir dans une interview accordée à SciDev.Net.
Programme de connectivité rurale
Outre le cas du Bénin, la rapport cite aussi des exemples en Éthiopie et en Namibie. En Éthiopie, pour lutter contre les chocs climatiques récurrents, notamment la sécheresse prolongée, des précipitations intenses et des inondations périodiques, et pour renforcer la résilience climatique, la Banque mondiale a lancé en 2024 le Programme de connectivité rurale pour la sécurité alimentaire.
Soutenu par une subvention de 300 millions de dollars américains de l’Association internationale de développement (IDA) et un cofinancement de 80 millions de dollars du Fonds international de développement agricole (FIDA), le programme visait entre autres la construction et réhabilitation de plus de 12 000 km de routes et ponts en milieu rural.
Résultat : on est passé de 4 200 km de routes praticables en toute saison en 2021 à plus de 12 000 km en 2024. L’accès fiable aux marchés pour les ménages agricoles est passé de 30 % à 73 %. Et plus de 11,3 millions de ménages ruraux ont bénéficié directement du programme, avec une réduction des pertes alimentaires post-récolte de 20 à 30 %.
Cette approche éthiopienne « démontre comment des investissements massifs dans les infrastructures rurales renforcent la sécurité alimentaire, améliorent le niveau de vie et endiguent l’exode rural », commente Joseph Magloire Olinga
« Elle montre qu’un investissement important dans le changement climatique peut contribuer à réduire la vulnérabilité des communautés et augmenter les revenus », renchérit pour sa part le chef de programmes de FODER.
Quant à la Namibie, les interventions ont été menées dans la région d’Oshana, située dans la zone centre-nord du pays, touchée par la sécheresse et confrontée à une variabilité climatique persistante caractérisée par des précipitations irrégulières et une dégradation progressive des terres.
Les interventions comprenaient la cartographie de cas aléas par des groupes de femmes, ainsi que la mise en oeuvre de systèmes de micro-irrigation, d’essais de cultures résistantes à la sécheresse et de pratiques durables de gestion du bétail. Sans oublier des programmes de radio et des pièces de théâtre utilisés pour renforcer la sensibilisation aux risques climatiques et aux stratégies d’adaptation.
Les interventions ont été cofinancées par le fonds d’innovation du Climate & development knowledge network (CDKN), les budgets de développement des collectivités locales et des contributions communautaires en nature (main-d’oeuvre, terres et matériaux).
Représentation des femmes
Grâce à cette initiative, la représentation des femmes dans les processus décisionnels liés à l’adaptation est passée de 40 % en 2021 à 72 % en 2024 et les enseignements tirés du projet pilote d’Oshana ont été intégrés dans le Plan d’action national sur le genre et le changement climatique de la Namibie.
« Placer les femmes au centre de l’action peut produire des résultats significatifs, car celles-ci subissent le plus les impacts des changements climatiques et peuvent donc mieux s’y adapter », précise Justin Chekoua.
Au total, relève l’expert de FODER, « ces trois exemples montrent que si les financements climatiques sont mieux canalisés à travers des mécanismes de transparence, de participation communautaire, ils peuvent avoir des impacts positifs significatifs sur le bien être des communautés ».
Seulement, Nadine Omonlola Worou trouve que l’analyse s’est basée uniquement sur des projets qui sont financés « certainement » par des programmes. « Parlant d’initiatives locales, on ne voit pas les petits projets qui sont mis en place par les communautés », dit-elle.
Cette dernière est aussi restée sur sa faim en ce qui concerne les détails : « pour ce qui est du financement, qui demande de la complexité, des analyses et peut être des reformes (…), on n’a pas assez d’informations… », dit-elle.
Ce d’autant plus que Justin Chekoua croit savoir que l’accès aux financements de l’adaptation au changement climatique demeure difficile pour les pays africains à cause de la lourdeur des mécanismes.
« Les procédures sont [trop] complexes et difficilement accessibles aussi bien aux Etats qu’aux organisations de la société civile qui accompagnent au quotidien les communautés. Il faudrait trouver des mécanismes plus flexibles et simples pour permettre aux organisations et aux Etats africains d’avoir accès à ces guichets de financements », dit-il.
Enfin, au sujet des recommandations, Nadine Omonlola Worou regrette « qu’il n’y ait pas cette analyse de graduation des recommandations qui peuvent être faites facilement et celles qui nécessitent beaucoup plus d’efforts ».
Cet article a été produit avec le soutien de Global Health Strategies, une organisation qui utilise la communication et le plaidoyer pour aider à provoquer des changements profonds dans les domaines de la santé et du développement à travers le monde.



