En Tunisie, la militante antiraciste Saadia Mosbah condamnée à huit ans de prison

La militante tunisienne antiraciste Saadia Mosbah a été condamnée à huit ans de prison et 100 000 dinars d’amende (environ 30 000 euros) dans un jugement rendu jeudi soir. Les avocats n’ayant pas encore eu accès au détail du jugement, il est difficile de connaître les motifs de la condamnation mais elle était jugée sur la base d’accusations de malversations financières. 

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Avec notre correspondante à Tunis, Lilia Blaise

« J’essaye de rassurer tout le monde et de leur dire qu’on reste debout, parce que Saadia dans sa cellule reste aussi debout », témoigne Affet Mosbah, sœur de la militante tunisienne antiraciste Saadia Mosbah.

La condamnation à huit ans de prison a été prononcée jeudi 19 mars, après les plaidoiries des avocats qui avaient pourtant démontré l’innocence de la militante de 66 ans sur les questions de blanchiment d’argent et de malversations financières, pour lesquelles elle est emprisonnée depuis presque deux ans. Pour sa sœur Affet, celle qui avait participé à la rédaction de la loi contre la discrimination raciale votée en 2018 en Tunisie, est devenue un « bouc émissaire », selon ces mots, pour punir ceux qui défendent les migrants et les noirs dans le pays.

Saadia Mosbah avait été en première ligne pour défendre les migrants provenant d’Afrique subsaharienne, après un virulent discours en février 2023 du président tunisien Kaïs Saïed, dans lequel il dénonçait l’arrivée de « hordes de migrants clandestins » et un complot « pour changer la composition démographique » du pays.

Coup dur pour la société civile

« C’est un jugement choquant qui n’a rien à voir avec le dossier. C’est un message clair : le travail associatif est suspect aux yeux du régime actuel », a réagi Me Hela Ben Salem, selon l’Agence France-Presse (AFP).

Huit autres membres de l’association Mnemty, fondée par Saadia Mosbah, sont passés devant le juge jeudi. Le fils de la militante, Fares, a écopé d’une peine de trois ans ferme et une militante a été condamnée à deux ans. Trois autres membres ont bénéficié d’un non-lieu.

Mais le verdict contre Saadia Mosbah est aussi un coup dur pour la société civile. Travaillant sur la défense des droits des migrants, plusieurs défenseurs des droits humains rassemblés devant le tribunal hier matin ont dénoncé un dossier vide et réclamé sa libération.

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