Attaque contre le parc de l'Upemba en RDC: l'heure de la reconstruction psychologique

Deux semaines après l’attaque meurtrière, survenue le 3 mars 2026, contre le Parc national de l’Upemba, en RDC, l’ONG Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH) déplore qu’aucune enquête judiciaire n’ait pas encore été ouverte. Sur place, le site est sécurisé grâce à des renforts de l’armée. Pour les écogardes, l’heure est à la reconstruction psychologique.
« Ce que nous avons vécu est tragique », rapporte avec pudeur Christine Lain, la directrice du Parc national de l’Upemba, dans le sud-est de la RDC. Un peu plus de deux semaines après, les scènes de l’attaque qu’ont vécues les écogardes au petit matin du 3 mars 2026 tournent encore dans leurs têtes.
« J’étais sur place. Vers 5h49 du matin, plus de 70 miliciens sont entrés de force dans la station », raconte à RFI la Française installée en RDC depuis près de 20 ans pour protéger la nature. Ils ont attaqué le quartier général du parc naturel « avec des armes lourdes comme des mitrailleuses ». « Nous n’étions pas prêts à ce type d’intensité », dit-elle.
Malgré la résistance des écogardes, « et leur héroïsme », souligne la directrice, sept agents du parc ont été tués, des bâtiments fortement endommagés et des armes et du matériel radio et GPS pillés. L’attaque a été revendiquée par des miliciens du Mouvement Debout Katanga pour la libération du Congo.
« Certains de nos agents ont vu comment leurs collègues se faisaient exécuter devant leurs yeux. Ce sont des événements très traumatiques », confie Christine Lain. Après avoir organisé le rapatriement des corps des agents et le soutien à leurs familles, le parc a donc déployé un soutien avec des psychologues pour ses équipes : en personne à Lubumbashi, « avec une série de 10 à 17 sessions par agent ces prochains mois », et par internet pour celles et ceux qui ont dû rester sur le terrain.
Une grande partie des écogardes a arrêté de travailler. « On a vraiment divisé les équipes entre ceux qui pouvaient encore vraiment être opérationnels et ceux qui l’étaient moins. On essaye vraiment d’y aller pas à pas. Ceux qui ne sont pas prêts, ne sont pas prêts », explique la directrice du parc.
La dernière population d’antilope lechwe
Créé en 1939 dans le sud-est de la République démocratique du Congo, le Parc national de l’Upemba est l’un des plus anciens du pays. Ses 1,3 millions d’hectares regorgent d’une très importante biodiversité et de sites archéologiques de grande valeur. Mais depuis des décennies, ce patrimoine naturel et culturel paye le prix des conflits qui se succèdent en RDC et du braconnage.
« Nous n’avons plus aucun lion, plus aucun guépard, le dernier rhinocéros noir a été tué au début des années 1960 », liste Christine Lain. Aujourd’hui, le parc abrite encore « la seule population de zèbres à l’état sauvage qui viennent véritablement du Congo, la seule population d’éléphants de savane de RDC et la dernière population au monde d’antilope lechwe ». Et le parc n’a pas révélé tous ses secrets en termes d’espèces de plantes ou de poissons, car les inventaires scientifiques sont difficiles, notamment en raison du contexte d’insécurité.
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Mettre fin à l’impunité
Forte de ses gigantesques forêts tropicales, la RDC se présente sur la scène internationale comme un pays solution pour freiner la disparition des animaux et des plantes sur la planète et pour freiner la crise climatique.
Mais ce discours est remis en question sur le terrain, dénonce Olivier Ndoole, de l’association Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH) auprès de RFI, car l’insécurité et les attaques meurtrières contre les écogardes constituent un problème récurrent dans les parcs et réserves naturelles en RDC.
« Il n’y a pas de solutions en termes de sauvegarde de la forêt, de la biodiversité et du monde sauvage, sans protéger ceux qui se battent jour et nuit au prix de leur sang et de leur liberté pour protéger ces forêts-là. Quand vous prenez par exemple le seul Parc national des Virunga, ces 20 dernières années, il a perdu plus de 200 écogardes ! », s’alarme l’avocat.
Pour mettre fin à l’impunité qui entoure la mort de ces nombreux écogardes sous les balles de miliciens ou de braconniers, l’ACEDH réclame une enquête sérieuse et un procès public concernant l’attaque du parc de l’Upemba. « De plus en plus, les parcs sont attaqués, mais on ne sent pas la même mobilisation au niveau politique et au niveau institutionnel pour trouver des solutions. On condamne seulement et puis on laisse. Les gens se promènent… Je pense que c’est inacceptable », s’indigne Olivier Ndoole.
Pour les défenseurs de l’environnement, davantage d’effectifs de terrain et de moyens technologiques, comme des drones, sont nécessaires pour réellement protéger la nature.
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Fortifier les stations, au détriment de la conservation
Après l’attaque, le parc de l’Upemba a reçu le renfort d’environ 80 éléments des Forces armées congolaises, indique Christine Lain, la directrice de l’ONG Forgotten Parks qui le gère en partenariat avec l’Institut congolais de la conservation de la nature (ICCN). Mais en temps normal, elle confirme le manque de moyens :
« Vu le niveau de violence et le type de groupes armés auxquels nous faisons face désormais, les moyens ne sont pas suffisants et on a vraiment besoin de cet appui du gouvernement et du ministère de la Défense. »
Le parc naturel compte environ 240 écogardes, dont 170 vraiment opérationnels sur le terrain. « En termes d’équipements, avoir des armes, c’est bien, mais si les armes sont totalement vieillissantes et n’arrivent pas à tirer, ça n’arrive pas vraiment à protéger, déplore la directrice. On voudrait vraiment arriver à avoir un peloton des FARDC qui puisse nous aider au niveau de la station. »
L’attaque meurtrière du 3 mars 2026 pousse aussi les équipes du parc à revoir leur stratégie sécuritaire. « On n’avait malheureusement pas suffisamment d’informations pour arriver à déterminer le type d’armement que ces assaillants avaient, explique Christine Lain. Et une grande partie de notre travail sera aussi de se pencher sur une sécurisation bien plus active de nos mouvements, de nos effectifs, de nos stations. Et c’est malheureux parce que ça, ça enlève aussi les efforts de conservation des animaux. »
Contactées par RFI, les autorités congolaises n’ont pas répondu à ce stade.
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