La coïncidence du carême et du ramadan, temps fort pour les croyants sénégalais

Des millions de fidèles vivent les dernières heures du ramadan à travers le monde. Au Sénégal, en cette année 2026, il coïncide avec le carême. L’occasion pour musulmans et chrétiens de partager l’expérience du jeûne et de se retrouver. L’occasion aussi de célébrer le modèle de tolérance religieuse souvent présenté comme une exception sénégalaise.

De notre correspondante à Dakar,

Le soleil se couche sur la capitale sénégalaise. Musulmans et catholiques se retrouvent dans un centre culturel. Ce soir, tous tiennent à rompre le jeûne ensemble. Des dattes, du café, de la viande sont prévus pour ce moment, même si ce rituel n’est pas programmé exactement à la même heure pour les deux confessions. « Les catholiques ont accepté de nous attendre pour qu’on fasse la rupture ensemble. Ici, c’est comme ça que ça se fait, c’est respectueux. En tant que musulman, bien sûr que ça me fait plaisir », confie un participant.

« La Tabaski, la korité, Pâques, on les fait ensemble »

Pour Ngakane Gning Diouf, cette scène n’a rien d’exceptionnel. Musulmane, elle vit avec un mari et des enfants catholiques. Chez elle, la coïncidence du ramadan et du carême cette année a permis de renforcer les liens familiaux.

« J’ai des enfants très ancrés dans la religion catholique. Quand on prend la Bible et le Coran, il y a tellement de points de convergence. Et c’est sur ces points de convergence que j’ai l’habitude de discuter avec mes enfants, qui me poussent à croire plus au Tout-Puissant, mais aussi à raffermir les relations avec ma famille. Amen, lâche-t-elle en riant, en tant que musulmane ! »

Une entente qui se vit au quotidien sur l’île de Gorée. Cheikh Ahmed Tidiane Dia est imam de la commune. « Nous, on le vit à Gorée. Nos fêtes – la Tabaski, la korité, Pâques –, on les fait ensemble. Dans une même maison, tu peux trouver des musulmans et des catholiques. C’est la réalité. »

Le « radicalisme et le fondamentalisme » sont des « menaces rampantes »

Des chants catholiques résonnent. S’il est important de faire vivre ce dialogue confessionnel, c’est aussi parce que les tensions sur fond religieux dans le monde et dans la région inquiètent. Préserver la cohésion entre les croyants au Sénégal, c’est la raison d’être de l’Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques à l’origine de ce rendez-vous. Pierre Sarr est un de ses membres fondateurs :

« À nos frontières, il y a de plus en plus un radicalisme, un fondamentalisme : que ce soit Boko Haram au Nigeria, le Mali et un peu au Soudan… Cet environnement-là est une menace rampante, dont on ne parle pas si souvent, alors qu’elle prend de l’ampleur. C’est un danger qu’il ne faut pas ignorer. »

Les Sénégalais se préparent désormais à vivre la korité. La fête marque la fin du ramadan pour les 95% de musulmans du pays et sera ouverte, comme chaque année, aux voisins et amis issus de la minorité chrétienne.

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