Kenya: un incendie ravage une partie du Toi Market, l'un des plus importants marchés de Nairobi

Au Kenya, un important incendie a ravagé ce lundi matin 16 mars une partie de Toi Market. C’est l’un des plus grands marchés de Nairobi. Il est situé dans le bidonville de Kibera. Pour l’heure, aucune victime n’est à déplorer. Mais il aura fallu plus de trois heures, aux pompiers pour venir à bout des flammes qui ont détruit plus de 250 échoppes.
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Avec notre correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix
Dans la rue de Skyroad, au milieu des braises incandescentes et des gravats, Joshua regarde dans le vide. Peu après 7 heures du matin, ce commerçant s’apprêtait à rejoindre son échoppe quand il a été surpris par les flammes : « Je n’ai pas pu entrer, le feu était trop dense. Les flammes étaient hautes jusqu’au ciel. Il faisait tellement chaud. On est restés sur le côté, à regarder le marché brûler. C’est traumatisant. On ne peut rien faire. On s’en remet à Dieu. Que faire d’autre ? »

Avec quelques pelles et à mains nues, les commerçants commencent déjà à déblayer les décombres. Souleymane vendait des vêtements de femmes. Il a tout perdu : « Mon échoppe est ici. Vous voyez, il n’y a plus rien. Ça, c’était des jupes de femmes. Oui, des cendres et du bois brûlé. J’ai perdu environ 200 000 shillings… près de 1 350 euros… juste pour mon stock. Refaire la structure m’en coûtera sans doute 50 000. Je suis perdu. »
Au milieu des décombres, Lavender fait l’inventaire de ce qu’elle a perdu. Dans son échoppe, elle vendait du prêt-à-porter. C’est impuissante qu’elle a assisté à la destruction totale de sa marchandise : « On ne pouvait rien voir parce qu’il y avait tellement de fumée… On ne pouvait que regarder nos biens partir en fumée. Je tremblais fort, je pleurais. Mon stock de vêtements, mon échoppe, tout est transformé en cendres. Maintenant je dois repartir de zéro. »
Pour sa part, Dominic vendait des chaussures. Il estime avoir perdu hier pour 600 000 shillings, plus de 4 000 euros de marchandises. Un investissement parti en fumée : « La plupart des assurances ne couvrent pas les marchés, parce qu’il y a trop d’incendies. Parfois les intérêts de la spéculation immobilière joue un rôle dans ces incidents. Parfois c’est le mauvais réseau électrique. Jamais une enquête n’en a vraiment révélé les causes. »

Le bureau du comté a lancé un recensement des commerçants lésés. Janet Chirchir, commissaire adjointe, redoute que le bilan soit lourd : « Ce marché est densément peuplé, encerclé de murs, ce qui a contribué à la propagation rapide du feu. On a observé une grande panique chez les commerçants. Et le centre commercial voisin a été vandalisé et pillé durant ce chaos. »

D’après les premières estimations du comté, près de 600 commerçants et salariés ont été affectés par l’incendie.
Toi Market a déjà subi quatre incendies, ces deux dernières années. Joshua est à bout : « Je suis ici depuis 30 ans, on n’a jamais vu un incendie comme celui-là. À Toi Market, les feux dont on ne connait pas la cause, ça arrive souvent. Des incendies qui détruisent tout. La justice ici au Kenya… Je ne l’ai jamais vue à l’œuvre. Alors on prie. »
Toi Market était le plus grand marché de Nairobi, jusqu’à la crise post-électorale de 2008 durant laquelle des gangs l’ont en partie détruit. Des projets immobiliers ont vu le jour peu après.



