Madagascar: les chantiers sensibles qui attendent le nouveau Premier ministre

À Madagascar, le nouveau chef du gouvernement, Mamitiana Rajaonarison, a promis d’aller vite. Lors de la passation de pouvoir le 15 mars 2026 avec son prédécesseur Herintsalama Rajaonarivelo, il a annoncé vouloir s’entourer de ministres « choc » capables d’obtenir « rapidement des résultats ». Mais, derrière ce discours volontariste, plusieurs chantiers majeurs attendent « l’homme de confiance » du président de la Refondation Mickaël Randrianirina.
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De notre correspondante à Antananarivo,
Avant sa nomination, Mamitiana Rajaonarison dirigeait le Service de renseignement financier de Madagascar (Samifin), l’organisme chargé de traquer les flux financiers illicites. Présenté comme un haut fonctionnaire intègre par le président de la Refondation lors de sa nomination dimanche soir, son passage à la tête de cette institution depuis 2021 n’a toutefois pas été marqué par des résultats spectaculaires dans la lutte contre le blanchiment d’argent ou les réseaux financiers illégaux. Reste donc à savoir si son arrivée à la primature permettra d’accélérer réellement la lutte contre les malversations financières, citée comme priorité par le chef de l’État.
Sur le plan économique, les milieux d’affaires réclament surtout de la stabilité légale et fiscale face à des textes jugés encore trop changeants, qui compliquent les investissements et la planification à long terme. Dans ce contexte, le secteur privé attend surtout des règles plus prévisibles et des administrations techniques capables d’appliquer les politiques publiques de manière stable et à distance des pressions politiques.
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Du côté des chancelleries étrangères, la composition du prochain gouvernement sera scrutée de près. Certains diplomates aimeraient voir écartés quelques ministres jugés controversés et conservés ceux considérés comme de très bons techniciens. Les partenaires internationaux attendent aussi des nominations rapides pour combler les nombreux postes diplomatiques vacants, notamment dans plusieurs ambassades, ce qui complique aujourd’hui la représentation et les relations extérieures de Madagascar.
La société civile attend transparence et moralité
Côté société civile, plusieurs organisations espèrent que le nouveau Premier ministre pourra instaurer une forme de constance dans la conduite de la transition. Elles réclament notamment l’adoption rapide d’une charte claire de la transition, précisant si les responsables actuels pourront ou non se présenter aux prochaines élections prévues sous moins de deux ans.
Enfin, certaines voix de la société civile demandent que la nomination du futur gouvernement se fasse en concertation avec les forces vives du pays, et que des enquêtes de moralité soient menées avant la désignation des ministres.
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La nomination de Mamitiana Rajaonarison intervient dans un contexte encore flou. Les raisons officielles du limogeage du précédent chef du gouvernement et de la dissolution de l’équipe en place n’ont pas été clairement détaillées par les autorités. Cette absence d’explication alimente certaines interrogations sur les bases de la collaboration entre le nouveau Premier ministre et le président de la Refondation, le colonel Michael Randrianirina.
Pour rappel, un référendum constitutionnel puis une élection présidentielle sont annoncés d’ici 2027, un calendrier suivi de près par la Union africaine et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Entre attentes économiques, promesses anticorruption et organisation de la transition, la promesse de « résultats immédiats » sera donc rapidement mise à l’épreuve.



