Mali: Bamako subit une pénurie de gasoil et d'intenses coupures d'électricité et d'eau

Au Mali, Bamako connaît une pénurie de gasoil depuis environ deux semaines. L’approvisionnement du pays en hydrocarbures est erratique depuis que les jihadistes du Jnim ont décrété un embargo sur les importations de carburant début septembre. Ces derniers mois, les autorités de transition ont réussi à limiter le nombre d’attaques de citernes, instaurant des convois sous escorte militaire, mais l’approvisionnement reste très fluctuant et insuffisant dans tout le pays. Dans la capitale même, la pénurie de gasoil est également à l’origine d’importantes coupures d’électricité et d’eau, suscitant l’expression d’un mécontentement grandissant.
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« Il y a des files d’attente de folie devant les stations », s’alarme un Bamakois. « Elles atteignent deux à trois kilomètres, décrit un autre, ça gêne même la circulation ». Dans les rangs, les camions et les autocars côtoient les voitures et les motos. Si l’essence reste bien disponible, la pénurie de gasoil (diesel) qui avait commencé il y a environ deux semaines n’a cessé d’empirer, suscitant parfois des tensions devant les pompes et ravivant les mauvais souvenirs d’octobre-novembre, lorsque les conséquences de l’embargo jihadiste étaient au plus fort.
Plus de 24 heures sans électricité
La situation se dégrade aussi pour la fourniture d’électricité. Certains quartiers de Bamako en sont privés pendant plus de 24 heures de suite. Ailleurs, le courant vient de trois à sept heures par jour grand maximum, selon les nombreux témoignages recueillis. Bien loin des 19 heures d’électricité quotidiennes promises par les autorités de transition avant le ramadan. Les seuls à ne pas subir ces délestages massifs sont ceux qui ont investi dans des panneaux solaires – de plus en plus nombreux ces dernières années, la fourniture d’électricité n’ayant cessé de se dégrader, à Bamako et dans tout le pays.
De nombreux habitants de la capitale se plaignent également de coupures d’eau, certaines stations de pompage étant directement reliées aux infrastructures de l’EDM (Énergie du Mali, société nationale publique d’électricité).
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Mécontentement grandissant
Cette situation suscite un mécontentement grandissant et qui s’exprime de plus en plus ouvertement, non seulement sur les réseaux sociaux mais aussi dans les « grins » (groupes de discussions traditionnels), et même dans certains médias nationaux. Ces dernières semaines, l’habitude et la crainte de la répression incitaient au silence et à la résignation. « Pas de courant et pas d’eau, sous une chaleur suffocante et en plein Ramadan, la colère est désormais palpable », résume un Bamakois.
Plusieurs interlocuteurs rappellent également les taxes instaurées il y a tout juste un an sur les services téléphoniques – recharges, transferts d’argent –, officiellement pour améliorer l’accès à l’énergie. « Où sont passés les milliards ponctionnés ? », « c’est ça la souveraineté ? », interrogent certains avec colère, estimant que ces taxes très impopulaires ne sont pas utilisées à bon escient. Officiellement présentées comme un outil pour investir dans les infrastructures de développement, notamment de production d’électricité, ces taxes abondent un « fonds de soutien » opaque directement géré par la présidence.
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« Le noir de la nuit, le noir du désespoir, le noir du nouveau Mali, le noir de la propagande », scande un message abondamment relayé sur les réseaux sociaux, pointant directement les autorités de transition. De la colère à la contestation, le pas est cependant difficile à franchir, compte tenu de la nature autoritaire du régime militaire en place et du risque de répression.
Plafonnement et dons de panneaux solaires
Sollicités par RFI, plusieurs Bamakois qui soutiennent les autorités reconnaissent ces difficultés, certains ne cachant pas une certaine gêne sur le sujet, mais sans dévier de leur fidélité au régime militaire en place.
« L’approvisionnement de notre pays en produits pétroliers se fait de façon régulière », a pour sa part rassuré jeudi soir, sur la télévision d’État ORTM, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, attribuant à des actes « de spéculation et de rétention » l’actuelle pénurie de gasoil – un discours invariable à chaque épisode de crise, le ministre accusant systématiquement les mauvais comportements des opérateurs économiques ou les détournements frauduleux de créer la pénurie. Le ministre a ainsi annoncé un plafonnement de l’approvisionnement des gros porteurs à 600 litres par camion, à partir de ce vendredi 13 mars, pour un délai de soixante-douze heures.
Des reportages diffusés sur la télévision nationale vantent enfin de façon récurrente les dons de panneaux solaires, par le général Assimi Goïta, à des petits artisans : « une réponse concrète à la crise énergétique que connaît le pays », selon le commentaire de l’ORTM, illustrée par une succession de remerciements adressés au président de Transition.
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