Ile Maurice: La production d'électricité sous pression

Depuis un peu plus d’une semaine, le conflit au Moyen-Orient perturbe les marchés mondiaux. Depuis le début des hostilités, le prix du baril de pétrole de référence (WTI) a enregistré une hausse spectaculaire de l’ordre de 70 %, un niveau rarement observé sur une période aussi courte. Hier, le baril a même dépassé les USD 115, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2022. Cette flambée est liée à l’incertitude sur l’approvisionnement et aux tensions dans la région, notamment autour du détroit d’Ormuz par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial ainsi qu’aux dommages sur certaines infrastructures énergétiques.
Outre ces impacts sur les échanges commerciaux, la hausse du prix du pétrole touche également Maurice sur le plan énergétique. Le pays dépend encore largement des produits pétroliers pour produire son électricité. Le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, indique que cette flambée de prix, qui dépasse désormais USD 115 le baril, a un impact direct sur le Central Electricity Board (CEB), «chaque dollar d’augmentation représentant un coût d’environ Rs 50 millions».
Au-delà de la hausse des prix, les tensions liées au conflit perturbent fortement le transport maritime, entraînant retards, incertitudes sur l’acheminement des cargaisons et complications pour la planification logistique, une situation qui échappe à notre contrôle.Le pays se trouve actuellement confronté à une situation imprévisible concernant l’arrivée d’une cargaison de Heavy Fuel Oil, indispensable à la production d’électricité. «Un navire devait quitter le port de Fujaïrah aux Émirats arabes unis vendredi ou samedi», mais ce départ n’a finalement pas eu lieu. «Il n’y a pas de certitude, pas de visibilité», explique Patrick Assirvaden. C’est dans ce contexte qu’il a présidé une réunion hier, au sein du ministère, en présence de fonctionnnaires du CEB et d’autres parties prenantes, afin de faire le point sur la situation et les stocks disponibles.
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Cette cargaison comprend environ 34 500 tonnes métriques de Heavy Fuel Oil. Malgré ce retard, les réserves actuelles de Heavy Fuel Oil permettent au CEB de couvrir environ 30 jours de production électrique. Au-delà des retards, la question du coût refait surface. Cette cargaison représente déjà un surcoût estimé à environ Rs 300 millions. «Si ce type de perturbation devait se répéter sur une année, l’impact financier pourrait atteindre près de Rs 3,6 milliards pour le CEB», a fait ressortir le ministre.
Face à ces perturbations et contraintes liées à l’approvisionnement en produits pétroliers, le CEB a activé un «plan de repli». Une expression of interest a été lancée pour solliciter d’autres fournisseurs internationaux afin d’identifier au plus vite des options alternatives d’approvisionnement. Le ministre Assirvaden a soutenu que les autres produits pétroliers, comme le jet fuel, acheté à Oman pour alimenter la turbine à gaz de la station de Nicolay, font l’objet d’un suivi rapproché avec la State Trading Corporation (STC) afin d’anticiper les besoins à cet effet.
Le CEB collabore étroitement avec le bureau du Premier ministre et la STC pour suivre de près l’évolution de la situation afin d’assurer la sécurité énergétique. La priorité reste inchangée :«garantir la continuité de la production d’électricité et préserver la stabilité du système énergétique national».
40 % de l’électricité dépend du diesel importé, d’autres sources d’approvisionnement explorées
Environ 40% de l’électricité produite par le CEB dépend du diesel importé. Deux types de diesel sont utilisés: le 180, pour les centrales de St-Louis et de FortVictoria, et le 380, pour celle de Fort George, explique Shamshir Mukoon, le General Manager du CEB.
Au 2 mars, relève-t-il, le CEB avait confirmé l’approvisionnement avec la STC, qui importe les produits, qui indiquait que le navire devait accoster le port de de Fujaïrah pour l’embarquement entre le 19 et le 21 mars. À cette date, le stock de diesel pour les centrales de St-Louis et de Fort Victoria s’élevait à 23 800 tonnes, soit environ 36 jours de consommation, à raison de 650 tonnes utilisées par jour. Pour Fort George, le stock de diesel 380 atteignait 22 500 tonnes, couvrant près de 49 jours, à raison de 460 tonnes par jour. Pour sécuriser l’approvisionnement, «le CEB a renforcé la production d’électricité au charbon, jugé plus sûr car celui-ci est importé d’Afrique du Sud».
Ceci permet aussi de «réduire la consommation de diesel afin de prolonger la durée des stocks disponibles». L’organisme a également mis en place des contrôles dans la gestion des réserves pour faire durer le diesel, compte tenu de l’absence de visibilité sur les cargaisons.
Malgré ces précautions, le navire censé embarquer les produits pétroliers les 7 ou 8 mars, puis le 9 mars, a vu ses opérations suspendues au terminal de Fujaïrah sans explication. Le CEB reste donc sans visibilité précise sur la cargaison. Face à cette incertitude, «le CEB a pris des dispositions pour contacter des fournisseurs potentiels», affirme-t-il. Le CEB explore d’autres sources d’approvisionnement internationales, notamment à Singapour et dans d’autres pays où la situation maritime pourrait être plus stable. Cela s’inscrit, parallèlement aux démarches du gouvernement, dans l’identification rapide de solutions alternatives.
«L’heure est grave», souligne Shamshir Mukoon, ajoutant que, dans ces conditions, il est essentiel de «prendre toutes les mesures possibles pour réduire la consommation et prolonger la disponibilité des stocks existants».
Le Chiffre
Rs 11,3 milliards Les recettes touristiques brutes affichent une progression marquée en ce début d’année. Selon les dernières données publiées par la Banque de Maurice, les recettes brutes ont atteint Rs 11,287 milliards en janvier 2026 contre Rs 8,553 milliards en janvier 2025. Cela représente une hausse d’environ 32 % sur un an, soit une augmentation de près de Rs 2,7 milliards.

