Santé mentale en Sierra Leone: la stigmatisation et le manque de moyens nuisent aux malades

La santé mentale et sa prise en charge en Afrique de l’Ouest font face à un double problème : le manque de financement et la stigmatisation des malades. Ces derniers restent très souvent pointés du doigt. En Sierra Leone, par exemple, des tabous tenaces continuent à entraver la prise en charge. Dans certaines communautés, les troubles psychiques restent souvent associés à la sorcellerie. L’enjeu est donc de taille pour faire accepter ces maladies.
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Pour Alice Neneh James, directrice de Slango, la plateforme qui fédère les ONG en Sierra Leone, l’objectif est d’atteindre celles et ceux qui se cachent encore à propos de la thématique de la santé mentale – que ce soit par honte ou par peur.
« Quand vous dites publiquement « ma fille, mon mari ou mon ami a des troubles mentaux », il y a un grand risque que toute la famille soit étiquetée comme ayant des problèmes de santé mentale, regrette Alice James. Alors parfois, les gens préfèrent ne rien dire. Ils pensent aller discrètement au village, voir un guérisseur traditionnel et le régler en silence. »
Ce silence, Joshua Abioseh Duncan le connaît aussi. Aujourd’hui directeur de la Mental Health Coalition, il raconte avoir traversé une dépression très jeune, à une époque où l’on se tournait d’abord vers des solutions traditionnelles.
« À 14 ans, j’ai eu des pensées suicidaires, mais ma famille ne m’a pas jugé. Ma famille m’a d’abord emmené chez un guérisseur traditionnel, en l’occurrence ma grand-mère, raconte-t-il. Puis, au bout du compte, ma famille s’est dit : « Notre fils n’est pas mauvais comme on le prétend. Et si on lui donnait simplement un peu plus d’amour ? » Et petit à petit, ils ont redoublé d’attention. Quand je m’isolais, ils se rapprochaient. C’est ça qui m’a aidé. »
En Sierra Leone, la tentative de suicide reste pénalisée par la loi, ce qui rend la parole encore plus difficile. La réforme d’une ancienne loi sur la santé mentale est engagée, mais son adoption se fait attendre.
Des « traitements souvent indisponibles » ou « trop coûteux pour la majorité des familles »
Ce problème de stigmatisation s’ajoute à un manque criant de moyens. La Sierra Leone compte seulement trois psychiatres pour plus de huit millions d’habitants. Les difficultés sont amplifiées par le manque de moyens. Partout en Afrique de l’Ouest, les acteurs de terrain alertent sur cette insuffisance de financements.
Selon Solomon Correa, fondateur de l’International Voluntary Mental Health Organization, « le problème central reste le manque d’investissement dans la santé mentale : non seulement dans la prise en charge, mais aussi dans les infrastructures ».
Dans tous les pays que j’observe — la Gambie, la Guinée-Bissau, le Sénégal — le problème central reste le manque d’investissement dans la santé mentale : non seulement dans la prise en charge, mais aussi dans les infrastructures. La capacité de former des infirmiers psychiatriques, des psychiatres ou des psychologues demeure très limitée, et les filières de formation n’existent pas partout. Ce sont donc des lacunes majeures, qui exigent des réformes au plus haut niveau. Et les premières victimes sont les personnes vivant avec des troubles mentaux sévères : elles ont besoin d’un diagnostic et d’une prise en charge dans des structures adaptées. Autre difficulté majeure : les médicaments. Les traitements psychiatriques sont souvent indisponibles — et lorsqu’ils existent, ils restent trop coûteux pour la majorité des familles. Comme il s’agit de soins à long terme, les familles finissent par être débordées et jeter l’éponge. Résultat : la santé mentale demeure largement négligée dans ces pays. Partout en Afrique, c’est le même constat.
Santé mentale en Afrique de l’Ouest: « Le problème central reste le manque d’investissements » et le « prix des médicaments », regrette Solomon Correa, fondateur de l’International Voluntary Mental Health Organization
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