Sénégal: la banalisation des violences faites aux femmes dans les séries télé pointée du doigt

Au Sénégal, la lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par le petit écran. Depuis quelques semaines, un débat émerge autour d’un type de séries très populaires dans le pays. Des fictions centrées sur l’amour et les relations hommes-femmes connues pour leur scènes chocs. Elles envahissent la télévision depuis une dizaine d’années. Et pour des collectifs et militantes féministes, ces récits participent à banaliser les violences de genre.

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Avec notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier

Diffusées à heure de grande écoute, ces séries mettent en scène des trahisons de couple, ou encore des relations difficiles entre co-épouses. Elles se regardent partout, sur un poste de télévision, ou encore dans la rue sur un simple smartphone.  

Pour les collectifs féministes, le problème est le narratif récurrent dans ces histoires. Des femmes enfermées dans des relations conjugales violentes, qui se taisent et endurent.  

Suzanne Sy, militante féministe, prend pour exemple une série « dans laquelle une femme a été battue par son mari jusqu’à perdre son enfant ». La femme « a porté plainte, la famille s’est regroupée, ils sont partis demander pardon, elle a retiré la plainte, et la vie continue », déplore Suzanne Sy. « Ça dépolitise la chose et ça la rend presque acceptable ! »

Un appel à ne pas romancer les violences

Aux côtés d’autres militantes, Suzanne Sy envisage de saisir directement les maisons de production. Elles ne peuvent plus, dit-elle, se contenter de montrer ces violences sans les déconstruire. « Je ne cherche pas à nier la liberté de création. Ni d’exiger des oeuvres militantes. Mais ce que je leur demande, c’est tout simplement de respecter les vies de ces femmes-là, poursuit-elle. Ils ont une responsabilité culturelle et surtout une responsabilité sociale. Le cinéma ne sert pas qu’à montrer. On voit ces violences au quotidien, on n’a pas besoin de les revoir à la télé… »

La militante appelle aussi les médias à ne pas romancer les violences faites aux femmes, à un moment où les autorités sénégalaises s’inquiètent d’une hausse de ces violences. Au Sénégal, en 2025, au moins 18 femmes ont été tuées par leur conjoint.

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« C’est ça qui fait buzzer »

Pour Fama Reyane Sow, scénariste et réalisatrice, se détacher de ce style de série sera difficile pour les boîtes de production. « Les créatifs, les gens qui font les séries, n’ont pas de plan derrière, pas de lobby, ce n’est pas conscient. Ce qu’ils font, c’est des choses qui marchent. C’est ça qui fait buzzer, c’est les confrontations, c’est les trahisons, c’est du telenovelas, donc c’est toujours énorme et exagéré. Et aujourd’hui si on faisait une série qui a beaucoup moins d’éclats, elle marcherait moins », assure-t-elle.

Cependant, elle voit aussi l’émergence du débat d’un bon oeil. « Je ne vois pas aujourd’hui comment on pourrait, même les associations féministes, interdire des boîtes de production de produire ces séries-là. Mais je trouve que le fait d’en faire un débat, qu’on en parle, c’est quelque chose qui est important aussi, poursuit-elle. Il faudrait aussi aller dans d’autres genres. On pourrait aussi raconter des histoires qui n’ont rien à voir : des histoires policières, du fantastique, plus autour de femmes qui se battent, qui ont des métiers, dont les vies ne tournent pas forcément autour d’un homme. »

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