Ile Maurice: Répercussions économiques – Pas de «panic buying» dans les supermarchés… mais des craintes sur les prix

Le déclenchement des hostilités impliquant l’Iran, à la suite des attaques américaines et israéliennes, n’a pas provoqué pour l’instant de phénomène de panic buying dans les grandes surfaces. Les opérateurs du secteur observent certes un afflux de clients en ce début de mois, mais estiment qu’il s’agit avant tout d’un comportement d’achat habituel des ménages.
Selon Ignace Lam, propriétaire de la chaîne de supermarchés Intermart, les mouvements constatés dans les rayons ne doivent pas être interprétés comme une ruée liée aux tensions géopolitiques. «Il y a les mouvements traditionnels des familles qui sont généralement nombreuses à la fin de chaque mois pour faire leurs provisions. Évidemment, on ne peut pas l’associer à du panic buying lié aux hostilités au Moyen-Orient», explique-t-il.
L’opérateur souligne que la situation actuelle est loin de celle observée durant la pandémie de Covid-19, lorsque les ports étaient paralysés et que la chaîne d’approvisionnement mondiale était fortement perturbée. «À l’époque, tous les ports étaient bloqués, ce qui avait entraîné une rupture dans les chaînes d’approvisionnement. Nous n’en sommes pas là aujourd’hui», ajoute-t-il. Ignace Lam reconnaît toutefois qu’une certaine inquiétude peut exister chez certains consommateurs, notamment en raison des risques de perturbation du commerce maritime si des routes stratégiques comme le détroit d’Ormuz venaient à être affectées.
Une analyse partagée par d’autres opérateurs de la grande distribution, qui affirment ne pas avoir détecté de changement notable dans le comportement d’achat des consommateurs ces derniers jours.
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Risques inflationnistes
Si la situation ne provoque pas encore de ruée dans les supermarchés, les acteurs économiques redoutent néanmoins les répercussions inflationnistes d’un conflit prolongé au Moyen-Orient. La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a averti cette semaine que l’économie mondiale était «de nouveau mise à l’épreuve».
Si le conflit venait à durer, dit-elle, il pourrait affecter «les prix mondiaux de l’énergie, le sentiment des marchés, la croissance et l’inflation». Lors d’une intervention à Bangkok, elle a exprimé un souhait clair : «Plus vite cette calamité prendra fin et mieux ce sera pour l’ensemble du monde.»
Les marchés redoutent en particulier les perturbations autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part importante du pétrole et du gaz mondiaux. «Dans tous les scénarios – qu’il s’agisse d’un conflit limité autour de l’Iran, d’une guerre régionale impliquant d’autres acteurs ou d’une escalade généralisée au Moyen-Orient -, les hydrocarbures resteront le principal vecteur de transmission de la crise dans le monde», analyse cependant un spécialiste.
Pour Maurice, une hausse durable du prix du pétrole aurait des conséquences significatives. La facture annuelle d’importation de carburant pourrait passer d’environ Rs 5 milliards à près de Rs 8,5 milliards, soit une hausse de 50 à 70 %. Chaque augmentation de USD 10 du baril représenterait un surcoût additionnel estimé entre Rs 5 et Rs 6 milliards par an.
Cette pression se traduirait inévitablement par une hausse des prix à la pompe, sauf si l’État décidait d’absorber une partie du choc par des subventions, ce qui alourdirait les finances publiques. Or, le transport représente environ 13,5 % du panier de l’indice des prix à la consommation. Une hausse du carburant se répercuterait donc rapidement sur les coûts de transport, d’électricité et de production.
L’effet domino serait difficile à éviter : augmentation du prix des produits alimentaires, renchérissement des matériaux importés et hausse des services. Selon l’économiste Imrith Ramtohul, cette dynamique pourrait propulser l’inflation dans une fourchette de 6 à 8 %, voire davantage, si la roupie venait à se déprécier dans le même temps. La consommation des ménages, moteur essentiel de la croissance économique mauricienne, pourrait alors ralentir sous l’effet de l’érosion du pouvoir d’achat.
Le fret maritime sous pression
Et quid du transport maritime ? Les perturbations pourraient aussi s’y transmettre. Afzal Delbar, président de la Customs House Brokers Association, constate que certaines compagnies maritimes appliquent déjà une Emergency Conflict Surcharge. «Certaines lignes appliquent une surcharge pouvant atteindre en moyenne 2 000 dollars par conteneur, selon les routes et les contrats», explique-t-il. À cela s’ajoutent les incertitudes liées aux assurances. À cet effet, certains assureurs ont revu à la hausse, voire suspendu, leurs couvertures liées aux risques de guerre dans les zones sensibles. «L’ensemble crée un climat d’attente et de prudence dans le secteur», souligne-t-il.
Malgré ces tensions, les opérateurs se veulent rassurants : la majorité des produits de première nécessité importés par Maurice proviennent de pays comme la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud ou Madagascar, et non des zones directement touchées par le conflit. Pour certains produits venant de Turquie ou d’Égypte, des alternatives d’approvisionnement pourraient être envisagées si nécessaire.
À cela, la State Trading Corporation examine la possibilité de diversifier ses sources d’approvisionnement vers des régions moins exposées aux primes d’assurance liées aux risques de guerre. Les opérateurs de la grande distribution appellent toutefois à la vigilance face à un autre risque : celui de hausses de prix justifiées. Cela, en raison du fait que certains importateurs pourraient être tentés d’imputer au conflit en Iran des augmentations qui ne seraient pas nécessairement justifiées par leurs coûts réels.
Si les tensions géopolitiques devaient se prolonger, l’enjeu pour les autorités sera donc double : surveiller l’évolution des chaînes logistiques mondiales tout en évitant que la situation ne devienne un prétexte à des hausses abusives.



