Selon «Marianne», le Quai d'Orsay a entravé une enquête pour crimes contre l'humanité au Gabon

Dans une enquête publiée ce jeudi 5 mars, l’hebdomadaire français Marianne affirme que le ministère français des Affaires étrangères a entravé une enquête en cours à Paris sur les violences commises lors de la crise postélectorale de 2016 au Gabon. Saisi par les magistrats instructeurs des plaintes déposées suite à l’assaut du QG de Jean Ping, le Quai d’Orsay n’aurait fourni que 35 documents sur les 315 demandés. L’article met en cause deux des principaux cadres du ministère.
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« Nous donnons l’impression de vouloir couvrir les violences postélectorales de 2016 », écrit un cadre du ministère dans un document interne, alors que la justice relance le Quai d’Orsay. L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine, en charge des enquêtes, a demandé en juillet 2020 la communication de tous les échanges avec l’ambassade à Libreville durant la crise, ainsi que les identités des victimes ou d’éventuels témoins de nationalité française.
« Ils ont décidé de n’en fournir que 35 »
« Le Quai d’Orsay a, dans un premier temps, établi une liste de documents. Il y en avait 315 qui pouvaient intéresser la justice. Et à la suite d’un examen de ces documents, ils ont décidé de n’en fournir que 35 », explique Maël Jouan, auteur de l’enquête.
Selon des documents non transmis que Marianne a pu consulter, la décision a été prise par le directeur Afrique du ministère, Christophe Bigot, et par Nicolas Roche, le directeur de cabinet du ministre Jean-Yves Le Drian.
« Cacher certaines pièces »
Pourquoi cette rétention ? Le Quai d’Orsay n’a pas répondu aux sollicitations de Maël Jouan. « On peut supposer que le Quai d’Orsay a voulu cacher certaines pièces à la fois pour des raisons politiques de par la proximité de la France avec le Gabon. On peut aussi supposer que le fait qu’il y ait des Français directement visés par la plainte ont poussé le Quai d’Orsay à appuyer sur la pédale de frein », estime-t-il.
Une des plaintes déposées affirme que trois Français de la sécurité présidentielle gabonaise étaient présents au QG de Jean Ping. L’ancien directeur général du renseignement, Frédéric Bongo, qui a la double nationalité, est également visé.
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