Cote d'Ivoire: Sportivement – Attention au sabotage de l'Oissu

Le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, N’Guessan Koffi, a lancé, le 25 février, la rentrée sportive scolaire au lycée classique d’Abidjan.
Cette compétition, dit-on, vise à promouvoir le sport scolaire. Il y a plusieurs disciplines au menu : le football, le handball, le basket-ball, etc. A travers cette compétition, les organisateurs espèrent inculquer la discipline, le fair-play et la solidarité aux élèves. Ces compétitions lancées avec solennité, en présence de Jean-Louis Moulot, ministre délégué chargé de l’Enseignement technique, empiètent clairement sur les plates-bandes de l’Oissu.
Une idée à vite abandonner, au risque d’être perçue comme un acte de sabotage. Surtout que l’Office ivoirien des sports scolaires et universitaires (Oissu) fait de gros efforts, ces derniers temps, pour remplir pleinement son contrat. D’où vient donc cette idée de créer une autre activité sportive à l’école, alors que depuis 2012, sous l’impulsion du Chef de l’État, les partenaires institutionnels du secteur éducation-formation, notamment la direction de la Vie scolaire, étaient engagés dans la relance du sport à l’école ?
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Dernièrement, les enquêtes ont montré l’hostilité des chefs d’établissement pour les compétitions de l’Oissu. Pourquoi privent-ils les élèves des compétitions de l’Oissu qui contribuent aussi à leur formation, à leur santé et même à leur avenir professionnel ? Pourquoi ces chefs d’établissement ignorent-ils les textes régissant le sport à l’école (décret 98 sur l’éducation physique et sportive), le décret de 2013 portant organisation et fonctionnement de l’Oissu, les arrêtés interministériels sur les Associations sportives d’établissement (Ase) ?
Au moment où l’on attendait des mesures fortes pour les contraindre à épouser la vision du Président de la République, c’est le Menaet lui-même qui tente d’inventer un Oissu bis. Cette attitude de l’Éducation nationale remet au goût du jour la question du conflit de compétences entres les structures en charge du sport scolaire.
La pratique du sport à l’école, en Côte d’Ivoire, est l’affaire de deux ministères : le ministère des Sports et celui de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique. Cependant, la gestion interministérielle du sport scolaire pose problème entre les structures des deux ministères.
Alors que la direction générale de l’Oissu est basée au ministère des Sports dont elle dépend, la coordination de l’Eps dépend, quant à elle, de l’Éducation nationale. Ainsi, la bataille pour le contrôle du sport scolaire entre ces structures se perçoit au sein des établissements.
En faisant de l’Éducation physique et sportive (Eps) une discipline scolaire au lendemain des indépendances, les dirigeants de la Côte d’Ivoire ont voulu développer une culture sportive. C’est dans cette logique qu’ils ont procédé à la mise en place de structures formelles du sport et à la formation d’animateurs sportifs. L’État de Côte d’Ivoire a ouvert l’Institut national de la jeunesse et des sports (Injs) en 1961, pour la formation de professionnels de l’Eps.
Parallèlement à la formation des enseignants, les établissements ont été dotés d’infrastructures sportives. La création de l’Office ivoirien du sport scolaire et universitaire (Oissu), par le décret numéro 62-41 du 09-02-62, répond à cette logique de dynamisation de l’Eps à l’école. Toutes les actions de développement du sport à l’école ont produit des résultats encourageants, tant sur le plan international que national.
En effet, dès 1964, Gaoussou Koné (17 ans), détecté aux compétitions de l’Oissu, s’est révélé au monde et est devenu le premier Africain finaliste du 100 mètres des Jeux olympiques (JO) à Tokyo où il s’était classé sixième. Il avait ainsi positionné la Côte d’Ivoire dans l’élite de l’athlétisme mondial. En Côte d’Ivoire, en particulier, le sport à l’école a eu du succès. Et on peut le refaire. Pourvu que chaque entité accepte de jouer franc-jeu.



