Afrique de l'Ouest: CEDEAO – La question sécuritaire au menu ?

S’il y a un reproche lancinant qui est fait à la CEDEAO ces dix dernières années, c’est bien celui de la faible prise en charge de la question sécuritaire, qui gangrène la sous-région, avec l’avancée des mouvements terroristes qui écument la bande sahélienne à travers quelques tentatives jusque-là infructueuses d’incursion vers les pays côtiers comme le Bénin, la Côte d’Ivoire.
En lieu et place, la CEDEAO a placé le curseur sur les questions politiques et, pour être plus précis, les questions électorales, de démocratie pour ainsi dire. Le départ des pays de l’AES résulte en grande partie de ce constat, avec en toile de fond le sentiment pour ces derniers de se voir appliquée la rigueur du double standard par l’institution régionale.
Les agressions subies par les trois pays sahéliens que sont le Niger, le Mali et le Burkina ont ainsi déterminé le besoin de se doter d’un système de « sécurité collective » et bien sûr d’une armée prépositionnée de 6000 hommes aujourd’hui, soit 1000 de plus, depuis la création de cette force en décembre 2025, qui, rappelons-le, est placée sous commandement burkinabè.
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Est-ce un signal donné à la CEDEAO, qui depuis ce mois de février a, si on peut dire, « repris du poil de la bête » en réunissant à Freetown les chefs d’état-majors des pays membres pour relancer ce fameux projet de « force en attente » de 2000 hommes, non sans soulever quelques questions au regard des initiatives antérieures similaires, notamment l’ECOMOG lors de la guerre civile au Libéria ou bien l’ECOMIB en Guinée-Bissau pour ne citer que celles-là. L’argent, qui est sans doute le nerf de la guerre, a beaucoup influé sur le dispositif qui est envisagé, étant entendu que les pays membres n’ont pas tous le même degré d’exposition par rapport aux attaques djihadistes.
Par conséquent les autorités de la CEDEAO ont décidé d’évoluer graduellement avec 2000 hommes dans un premier temps, basés dans leurs pays respectifs, et donc financés sur fonds locaux. Et pourtant, le mandat assigné est très ambitieux parce que la Force aura pour mission de « lutter contre le terrorisme et l’insécurité dans la sous-région à travers les opérations militaires communes et à la préservation de la démocratie », une mission quasi-identique à celle des 6000 hommes de la force conjointe de l’AES. Mais dans ce dernier cas on ne parle pas de démocratie.
La nouveauté aujourd’hui est que les grands stratèges de la CEDEAO présents au conclave de 3 jours à Freetown envisagent sérieusement l’idée d’une collaboration avec les pays de l’AES pour assurer leur sécurité commune, avec cette fois un financement interne à l’organisation. Un gros challenge, dira-t-on.
Oui en effet, entre 6 000 hommes et 2 000 hommes la marge est énorme, de même que les ambitions affichées de part et d’autre, au regard de la dimension de leurs frontières respectives et de l’ampleur de la menace.
Mais il y a lieu de considérer qu’il vaut mieux tard que jamais. Ce qui devait être le point de convergence le plus élevé, et qui menace la stabilité des régimes en place, à savoir la crise sécuritaire, revient au centre de l’agenda de la CEDEAO. Il est heureux, hélas, que la menace sécuritaire qui a atteint Niamey, et qui avance vers les grandes villes du Mali et du Burkina, ait déclenché un sursaut à la CEDEAO afin de poser le défi sécuritaire comme hypothèse pour les retrouvailles entre CEDEAO et AES.
Sous quel cadre, sous quel format, et avec quels protagonistes ? Voilà les questions qui ne manqueront pas de se poser dès lors que l’AES a déjà pris une certaine avance. Les prochaines semaines nous édifieront.


