L'Éthiopie suspend l’Addis Standard, ce qui «reflète son malaise à l'égard du journalisme indépendant»

Les autorités éthiopiennes ont révoqué le 24 février 2026 la licence de l’Addis Standard, affirmant que ce média en ligne indépendant « a porté atteinte aux intérêts nationaux », alors que le pays d’Afrique de l’Est est pointé du doigt pour ses entraves répétées à la liberté de la presse. Yonas Kedir, rédacteur en chef du site sanctionné, assure que cette décision « reflète un malaise croissant du pouvoir à l’égard du journalisme indépendant dans le pays ».
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À quelques mois des élections législatives qui auront lieu en juin 2026, la pression se fait de plus en plus forte sur les journalistes en Éthiopie. Après le retrait des accréditations de ceux de l’agence britannique Reuters et des correspondants du média allemand Deutsche Welle, c’est un journal national éthiopien qui est visé : l’autorité des médias a en effet suspendu la licence d’Addis Standard, pour des « violations répétées de l’éthique, de la loi éthiopienne et de l’intérêt du pays et de son peuple », selon ses termes.
Yonas Kedir, rédacteur en chef de ce média qui emploie 20 salariés, appelle la communauté internationale à réagir : « Cette mesure n’a pas suivi une procédure régulière. Elle s’est faite sans dialogue et sans aucune forme d’explication. Ils ne nous ont pas prévenus avant la suspension. Nous l’avons simplement appris sur les réseaux sociaux, sur la page Facebook de l’Autorité des médias. C’est une forme d’intimidation. Cette déclaration de l’Autorité intimide les journalistes et l’ensemble du milieu médiatique. »
« Nous poursuivrons notre travail comme d’habitude »
Il assure : « Nous poursuivrons notre travail comme d’habitude et nous nous battrons pour nos droits, pour notre liberté d’expression. Nous pensons que cela reflète un malaise croissant du pouvoir à l’égard du journalisme indépendant dans le pays, qui se base sur des informations critiques et factuelles, car nous couvrons la gouvernance, les conflits, les droits humains, la responsabilité institutionnelle, la situation politique et sécuritaire. Actuellement, nous continuons notre travail de journaliste habituel, en accord avec la loi. »
L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent avec quelque 130 millions d’habitants, pointe au 145e rang sur 180 dans le classement sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF).
Toujours selon RSF, le paysage médiatique sous le Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018, demeure « très polarisé et empreint d’une culture de l’opinion au détriment de la vérification de l’information », tout en notant qu’il est « toutefois plus ouvert et pluraliste que sous le régime précédent ».
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